L'étoile puante -12


what bargains we have made
we have
kept
and
as the dogs of the hours
close in
nothing
can be taken
from us
but
our lives.


(C. Bukowski)


Une planète entièrement verte. Complètement recouverte d'une végétation basse de petites plantes à larges feuilles dentelées. Cela fait comme un océan vert, la brise légère faisant onduler la crête des feuilles comme de petites vagues. Le lit, posé au hasard, ressemble à un radeau immobile dans une mer en mouvement, ce qui donne une légère impression de nausée. L'air lui-même, saturé de chlorophylle a des reflets verts.

- Il n'y a rien ici, partons.

- Oui, tu as raison, partons. En plus, je ne sais pas pourquoi, mais je ne me sens pas du tout à l'aise, ici.

- ...
Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Que je ne me sens pas tranquille.

- Mais pourquoi ? La planète semble déserte, le climat est doux et reposant, la végétation inoffensive. Si tu te sens mal, ce n'est pas normal.

- Qu'entends-tu par "pas normal" ?

- N'oublie pas que nous comptons sur le tripatouillage de ton cerveau pour nous aider à localiser l'Etoile Puante. Suppose que nous ayons mis le pied dessus, est-ce que tu imagines qu'on y trouverait des banderoles "Bienvenue sur L'Etoile Puante", une fanfare et un choeur d'enfants pour nous accueillir ? On ne peut pas négliger la possibilité qu'ils jouent sur la discrétion, c'est dans leur caractère. Il faut être attentifs à tout ; un contact s'est peut-être activé dans ton cerveau.

- Manifestement, il n'y a pas de copycats ici.

- Mais nous ne cherchons pas des copycats, nous cherchons leurs créateurs, et nous ne savons pas à quoi ils ressemblent.

- D'accord, mais à part ces plantes, il n'y a strictement rien, ici.

- Et çà, alors ?

Dans la direction qu'indiquait Maud, on pouvait voir un petit point gris à l'horizon.

- C'est bon, allons voir.

Il leur fallut des heures de marche pour s'approcher de l'objet, qui s'avéra être un bâtiment entièrement gris, de forme cubique, dépourvu de fenêtres, mais possédant une très haute porte à doubles battants. La porte était ouverte, mais l'obscurité à l'intérieur ne laissait rien deviner du contenu du bâtiment.

- Encore une porte à franchir, Maud. Et plus que jamais, celle-ci m'inspire de la méfiance, mais je suppose que nous n'avons pas le choix.

- Avons-nous jamais eu le moindre choix, dans tout ce que nous avons entrepris ?


Et ils franchirent la porte.

- Entrez, mes amis. Bienvenue au Tribunal du Vide ! Vous êtes juste à l'heure. Prenez place, je vous prie.

La Cour de Castration du Tribunal du Vide est compétente pour juger les crimes commis au regard de la législation intergalactique standard. Enfin, quand je dis compétente, "incompétente" serait peut être plus approprié.
La magistrature est composée de trois juges et d'un procureur. Jadis, il y avait aussi un avocat de la défense, mais au fil du temps, les avocats ont tous été condamnés par ce même tribunal pour parjure, escroquerie, extorsion, ou filouterie caractérisée. Il faut savoir que les magistrats sont rémunérés uniquement par la confiscation des biens des accusés condamnés, et que les tarifs exorbitants des avocats avaient tendance à réduire considérablement le capital de ces accusés avant leur condamnation (un avocat se fait toujours payer d'avance), ce que n'appréciaient que très moyennement les juges et le procureur.
Il y a aussi un bourreau. Lui n'est pas rémunéré. Les bourreaux sont en général des bénévoles passionnés par leur travail qui font preuve d'un altruisme remarquable dans l'exercice de leur fonction -parfois ingrate, au service de la société. Le tribunal n'est jamais en manque de candidatures spontanées pour le poste de bourreau.
Ah oui, un dernier mot sur le nom de la Cour de Castration, qui vient de la peine qui dans le passé, était infligée le plus souvent aux condamnés. Ces derniers temps, les juges ont tendance à penser que la peine de mort est un châtiment plus humain. Et puis surtout, la mode a changé, et ils ne savent plus où mettre les colliers qu'ils se confectionnaient avec les ... enfin, bref.


Le juge du milieu prit une feuille de papier devant lui et se mit à marmonner en la lisant.

- Hem, oumph, aahh ...
Allons, allons, mes enfants ! Qu'est-ce que je lis dans l'acte d'accusation ! Vous avez l'intention de détruire complètement le système solaire connu sous le nom d'Etoile Puante. Mais vous savez que la destruction de systèmes solaires entourés de planètes habitables est une infraction caractérisée comme "très très pas bien" dans le Code de Circulation Intergalactique. Votre cas me parait très clair, nous devrions en avoir fini pour le dîner.

A ces mots, le juge de gauche, qui lisait un journal, dressa l'oreille.

- Qu'est-ce qu'il y a au menu à la cantine aujourd'hui ?

- Des escalopes de kryll désossées avec une sauce à l'huître.

- Encore ! Mais on a déjà eu ça mercredi !

- Et alors ! Le cuisinier les réussit très bien, elles ont excellentes.

- Pas du tout ! Ce type est un barbare. Une bonne sauce à l'huître se prépare sans les coquilles.

- Tu te trompes. C'est les coquilles qui donnent du goût. Evidemment, si tu mangeais avec un minimum de distinction, tu ne te casserais pas les dents sur les coquilles.

- Hem, excusez-moi, votre honneur,
interrompit Ed, mais notre expédition n'est qu'une mesure de survie pour le genre humain, nous voulons seulement sauver la Terre de la colonisation et empêcher la destruction de ses habitants.

- Bien, nous allons voir. Je donne la parole au procureur. Avez-vous des témoins à produire ?

- Oui, trois, votre honneur. J'appelle le premier témoin à la barre. Laidebaurre, avancez et dites ce que vous avez à dire.

Le petit gnome avait aux lèvres un sourire plus sardonique que jamais. Pendant qu'il parlait à la cour avec une satisfaction visible, son regard ne lâcha pas Maud et Ed.

- Je suis un humain moi même, votre honneur. Et pourtant je ne puis que souhaiter la plus grande fermeté de la part de ce tribunal. Ces deux crapules ont provoqué un combat spatial dans le ciel de notre planète. Ils ont délibérément ridiculisé les coutumes sacrées de notre peuple en abusant de la bonne fois de notre princesse. Cet ignoble individu ici présent lui avait promis le mariage, et s'est lâchement éclipsé au dernier moment. Ils se sont rendus coupables de vol de véhicule, et le moindre n'est pas qu'ils mont fait subir les derniers outrages, votre honneur.

- Et ce n'est pas fini, votre honneur. J'appelle le second témoin. Monsieur Brown, avancez je vous prie, et parlez sans contrainte.


Brown, contrairement à Laidebaurre, se comportait avec le plus grand calme, donnant l'impression d'un témoin réfléchi et objectif.

- Votre honneur, ces deux individus nous ont entraîné, mon chef et moi dans une lâche embuscade sur une planète neutre. Ils ont soudoyé une bande de Nains et d'Orques pour nous attaquer par surprise dans une taverne ou nous voulions nous désaltérer. Je souffre de graves contusions, et mon chef n'a pas pu se présenter au tribunal car il se trouve toujours aux soins intensifs suite à ses blessures.

- Vous entendez, votre honneur ? reprit le procureur. Ce comportement viole toutes les conventions interstellaires. Mon troisième témoin sera la partie civile elle-même. Un représentant du peuple de l'Etoile Puante se trouve dans ce tribunal pour témoigner. Si vous voulez vous donner la peine, Monsieur Tennyson.

A ces mots, tous les regards suivirent celui du procureur, vers une petite table située au centre de la pièce.
Sur cette table, un genre de pot de fleur contenant une plante comme celles qui recouvraient la totalité de la planète : une fougère.

Imaginez le choc que cela dut représenter pour nos amis. Savoir qu'ils avaient parcouru des centaines d'années lumière à la recherche d'un mystérieux ennemi qu'ils avaient tenu dans leurs mains sans le savoir !

La plante frémit, et commença à parler.

- Votre honneur, les intentions de notre peuple ont toujours été pacifiques. Cette planète est devenue trop petite pour nous, vous le savez. Nous ne cherchions qu'un peu d'espace pour nous étendre et donner de l'espoir à nos enfants. Nous n'avons jamais fait de mal à un humain, mais on ne peut pas dire que le contraire soit vrai. Ces deux individus s'apprêtaient à détruire tout un peuple sans discrimination, y compris les vieillards et les enfants. Ces créatures sont une insulte à l'intelligence et à l'évolution des espèces. Il faut les empêcher de nuire, votre honneur. Définitivement.

- Tennyson, tu ne peux pas me faire ça. Je t'ai toujours bien traitée !

- Comment peux-tu dire ça, Ed ! Tu es venu me déterrer dans ma forêt, dans mon habitat naturel, alors que je ne t'avais rien demandé. Tu m'a forcé à vivre dans ta petite chambre puante. Tu as même essayé de m'empoisonner au whisky. Tu n'as jamais essayé de me comprendre.

- Excuse-moi ! Je ne savais pas.

- Non, c'est trop tard. Le mal est fait.


Le juge reprit la parole.

- Bien bien, mes enfants, ce n'est pas joli joli tout ça. En plus, je vois que vous êtes récidivistes, vous avez déjà fait l'objet d'une condamnation. Nous allons délibérer.
Alors ?
(se tournant vers le juge de gauche, toujours plongé dans son journal).

- "Abruti", "corrompu", nom masculin en quatre lettres ?

- Essaye "juge". Que penses-tu de leur cas ?

- Oh, j'ai pas tout suivi, fais comme tu veux. Quand est-ce qu'on mange?

- Et toi, qu'en penses-tu
(se tournant vers le juge de droite, qui n'avait encore rien dit, et lui donnant un coup de coude qui lui fit retirer une oreillette).

- Génial ! Absolument génial, le nouveau CD des "Orc Porks". Ça fait deux heures que je l'écoute en boucle.

- Bien. Mes enfants, après délibération, le Tribunal vous déclare coupables d'impolitesse aggravée. La sentence est la mort, comme d'habitude. Merci d'avoir fait confiance au Tribunal du Vide. Bourreau, fait ton office. Grouillez vous, les gars, si on veut une bonne place à la cantine, faut partir maintenant.


Le bourreau se trouvait déjà derrière Ed et Maud.

- Confiance, mes amis ! Je suis un professionnel. Vous ne souffrirez pas (trop).

Ed eut juste le temps de tendre la main vers Maud, et Maud la saisit.

***


Au même moment, sur Terre dans le laboratoire secret, une lampe rouge se mit à clignoter et une alarme retentit.

Lorsque Snorri arriva sur les lieux, les ingénieurs avaient déjà cessé de s'agiter.
Au regard que lui lança son assistant, Snorri comprit que tout était perdu. Avec Ed et Maud s'envolait son ultime espoir. L'humanité vivait peut-être ses derniers soubresauts.

Au centre du dispositif complexe de câbles et d'électro-aimants, les corps inanimés de Maud et Ed se tenaient par la main.

***


Eh oui, chers lecteurs ; vous ne vous y attendiez pas, hein ? Mais je n'aime pas les happy ends.
Ne vous faites pas d'illusions. Ils sont morts et bien morts, et ne reviendront pas.

***


On raconte qu'un jour, quelqu'un aurait demandé à Tennyson, le poète, en quoi il aimerait se réincarner s'il avait la possibilité de revenir sur Terre après sa mort. Il aurait choisi la fougère.

Mais on raconte aussi qu'une fois mort, il n'aurait pas été particulièrement heureux de ce choix.

***


Cette partie, je l'ai compilée d'après les minutes du procès, les notes de Snorri, et les témoignages de plusieurs témoins.

Par le fait d'avoir traduit ce récit, et d'avoir vécu longtemps par la pensée en compagnie de Maud et Ed, je me suis attaché à ces personnages.
A tel point qu'ils se sont mis à apparaître dans mes rêves.
Ils étaient toujours ensemble, et voyageaient toujours de planète en planète par les moyens les plus loufoques. Et partout où ils passaient, on voyait se créer de petites armées de jardiniers chargés de détruire toutes les fougères.

Avec le temps, ces rêves se sont espacés. Mais qui pourrait jurer que les rêves n'ont aucune réalité ? Qui sait si les fantômes qui visitent nos songes ne sont pas des êtres bien réels dans un univers parallèle ?

Je crois que tout a été dit. Alors je peux écrire le mot ...

FIN


Quoi, vous voulez un petit épilogue ? Bon d'accord.

***

Epilogue

En 2200, les humains ont enfin acquis suffisamment de sagesse pour définitivement remettre en cause la barbarie technologique qui a bien failli coûter la vie à la Terre.

De bleu virant au gris, la Terre est en train petit à petit de prendre une splendide couleur verte. La population humaine a diminué. Les grandes agglomérations de béton et les complexes industriels ont pratiquement été complètement démantelés, pour faire place à des plantations de fougères. Il a en effet été établi que la fougère est le végétal idéal pour inverser le processus d'empoisonnement de la planète. Toute la population humaine participe de bon coeur à cet effort.

De l'histoire, de la science et de la littérature anciennes, il n'est plus bon de se préoccuper. C'est tous juste si quelques hauts faits humains sont encore commémorés, comme la fameuse coupe intergalactique de football hyperbolique de 2018, lorsque le légendaire sélectionneur Jean-Pierre Jean avait mené l'équipe terrienne jusqu'au bout de la compétition.

Aujourd'hui, on n'a plus le temps de se préoccuper de foot. Tout le monde jardine ou casse du béton.

Tiens, l'autre jour justement, le fils du voisin, le petit Gil Brown avait travaillé à la démolition d'un immeuble, sur le boulevard du Nord, et il est revenu avec un bouquin étrange qu'il a trouvé dans les ruines. Un titre bizarre, je crois que c'était "The Saga of the Stinking Star", par un certain Ed Nement. Je lui ai dit que lire autre chose que les manuels de jardinage était une occupation malsaine. Mais ce gamin ne veut rien entendre. Il se plonge chaque soir dans ce foutu bouquin. Il est vraiment bizarre, ce gosse.



L'étoile puante -11

- Attends. Tu vas voir. Ce lit n'est pas l'Aston Martin de James Bond, mais il est quand même équipé d'un ou deux accessoires utiles.

Maud déplia un drap de lit et en fixa deux coins à des attaches prévues dans les montants avants du lit. Elle tira alors un câble dissimulé le long d'un des montants arrières, et je vis le drap s'élever devant le lit comme une voile.
J'avais envie de rappeler à Maud qu'il n'y a pas de vent dans l'espace, mais quelque chose me retint. Peut être le souvenir encore frais de notre dispute, ou bien la vue de ces deux idiots en train de ramer dans leur canoë.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, Maud précisa :

- C'est une voile solaire, Ed. Attends que je l'oriente pour capter le vent solaire de cette étoile jaune.

Et en effet, dès que notre voile prit le vent, le lit fit un bond en avant comme un cheval qui part au galop, laissant nos poursuivants loin derrière nous.

- Nous allons passer derrière cette planète et nous poser discrètement sur la face nocturne. Peut être que cela suffira pour qu'ils perdent notre piste.

***


Notre lit était posé dans une prairie, au bord d'une rivière qu'un petit pont de pierre traversait. De l'autre côté du pont se trouvait une grosse maison à un étage avec un toit de chaume. De la lumière filtrait de toutes les fenêtres et des éclats de voix animées parvenaient jusqu'à nous. Au dessus de la porte, une enseigne de fer forgé se balançait.

- On dirait une taverne, dit Maud. Allons boire un verre et manger un morceau.

- Est-ce bien prudent ? Je commence à me méfier de ce qu'on peut trouver derrière les portes. On ne sait pas où on met les pieds, Maud.

- J'ai soif, faim et froid, et cette taverne me semble bien accueillante. Allons-y.


Quand nous avons poussé la porte, tous les visages se sont tournés vers nous et le silence s'est fait durant un bref instant. Nous ne devions pas avoir l'air très menaçant, car chacun est bien vite retourné à sa conversation. Nous avons trouvé de la place au bout d'une grande table occupée par un groupe d'hommes assez animés et bruyants.

- Commande-nous quelque chose, Ed.

N'ayant aucune idée de comment passer commande dans cet endroit, j'ai repéré un homme en tablier de cuir qui circulait entre les tables et me semblait être le patron, et j'ai utilisé une formule que j'employais habituellement dans mon bar favori :

- Roger, deux Muscadet et deux plats du jour !

Un des hommes du groupe assis à notre table nous regardait depuis un moment, et il se décida à nous adresser la parole d'un air méfiant :

- Vous êtes sûrs que vous êtes des nains ?

- Euh, ... c'est vrai que je ne suis pas très grand, mais ...

- Non, c'est pas ça. C'est que vous n'avez ni barbe, ni bottes en cuir, ni brouette, ni hache, ni bonnet ridicule, bref, tout ce qui fait un Nain, quoi !


C'est à ce moment que je me rendis compte que tous les occupants de notre table, quoique de taille normale, correspondaient exactement à cette description. Une brouette contenant plusieurs haches était même rangée derrière la table. Mon ahurissement dut se marquer sur mon visage.

- Ah, vous êtes étrangers ! Vous avez bien fait de vous asseoir à une table de Nains. Les Nains sont de bons compagnons. Pas comme ces Elfes, là, me dit-il en montrant d'un signe de tête une autre table.

Les gens assis à cette table, bien que de la même stature et visiblement de la même ethnie que les Nains, se tenaient droits sur leurs chaises, étaient vêtus de manière sobre et soignée, portaient des bijoux, hommes comme femmes, et avaient les cheveux long attachés en arrière par des broches. Quelques arcs étaient appuyés au mur derrière leur table.

- Ces gens m'ont l'air tout à fait convenables.

- Ne vous y fiez pas ! Les Elfes sont des comploteurs, des dissimulateurs, des hypocrites. Des snobs qui prennent tout le monde de haut. Ah, quand il s'agit de cirer les pompes des Magiciens, là ils sont les premiers. Mais quand il s'agit de relever ses manches et d'abattre le boulot, là, subitement, on ne trouve plus un Elfe à des lieues à la ronde. Ils se considèrent comme les gardiens de je ne sais quelles valeurs nobles et ancestrales et pensent que le travail est indigne d'eux. Et qui travaille et paie des impôts pour nourrir ces oisifs, hein ? Les Nains bien sûr, qui d'autre ? Ah, les Elfes sont vraiment la pire des races, je ne les supporte pas.

- Excusez mon ignorance, mais y a-t'il d'autres races, en plus des Nains et des Elfes ?

- Bah, bien sûr, il y a les Orques, et euh ... bah, ce sont des Orques. Je sais qu'ils n'ont pas toujours eu le beau rôle dans le passé, mais sur certains points, on ne peut pas nier qu'ils posent les bonnes questions. Et puis, il y a les Hobbits. Ceux-là, ce sont les plus terribles de tous. Je vous souhaite de ne jamais en rencontrer.

- Est-ce qu'il y a des Orques, dans cette pièce ?


- Vous tombez bien, le concert va commencer d'un instant à l'autre. Ce sont 'The Orc Porks', un très bon groupe de musique Orc N'Troll. Il parait qu'ils s'aiguisent les cordes vocales avec des râpes à gruyère avant d'entrer en scène. Tenez, les voilà !

Une bande de cinq gars surexcites à bondi sur une petite estrade près du bar. Ils étaient maquillés de blanc, avec les yeux cernés de noir, portaient des vêtements déchirés et des chaînes. Ils avaient des instruments de musique bizarres, et ils se sont mis à hurler à plein poumons ce que l'on pourrait peut être prendre pour une chanson avec beaucoup de bonne volonté.

FFFFFFFFUUUUUUUUUUUCKKKK !

Yesterday I was dining out with a lovely Hobbit,
Usually it takes two to calm down my appetite.
As it made me nervous I also ate the waitress,
But I had some difficulty to swallow her dress.

Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
You may well waggle your wand
We will wrest it from your hands
And then stick it in your ass

Leaving the restaurant with my Orc pals,
We met with a party of merry Dwarves.
Then we played a few games of "throwing the dwarf".
Unfortunately we squashed some against a wall.
Dwarves are not as solid as they used to be.


Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
You may well waggle your wand
We will wrest it from your hands
And then stick it in your ass

We went to a gig with an Elvish band.
They were squeaking like baby snails:
'Love me tender, love me true'.
To help them get a real manly voice,
We ripped them each of a few nails.
And we didn't even got no thanks.

Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
You may well waggle your wand
We will wrest it from your hands
And then stick it in your ass


Those fucking magicians in the government,
They dream to ban all healthy amusements,
Like rape, plundering or murder.
But this is what we say to the prime minister :

Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
You may well waggle your wand
We will wrest it from your hands
And then stick it in your ass
Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
Fuck Gandalf ! Fuck Gandalf !
YEEAAAAAH !


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La 'chanson' des Orques avait mis une ambiance d'enfer dans la taverne.
A ce moment, une bande d'excités munis de barres de fer s'est précipitée à l'intérieur en criant "Mort aux Orques, mort aux Nains, Mort aux Elfes!"
Quelqu'un a hurlé "Des Hobbits !", créant la panique générale.
Les Orques ont été les premiers à réagir, sautant en bas de la scène pour rentrer dans le groupe de Hobbits, donnant force coups de leurs instruments qui s'avéraient finalement plus contondants que musicaux. Ils étaient suivis de près par les Nains, tandis que les Elfes s'étaient prudemment retirés dans un coin sombre pour compter les points.

C'est ce moment qu'ont choisi les pauvres Brown et Kaplan pour retrouver notre trace.
Quand ils ont poussé la porte, quelqu'un a crié "Là, encore deux Hobbits" et ils ont vite été submergés par un amas de Nains et d'Orques.

J'ai regardé Maud et j'ai crié dans son oreille pour me faire entendre :

- Par la fenêtre, comme d'habitude ?

Elle a marqué son assentiment d'un signe de tête.


A suivre ...

L'étoile puante -10

I'll see you on the dark side of the moon (R. Waters)





- C'est à droite !

- Non, à gauche !

- L'itinéraire est clair : en sortant de la nébuleuse en forme de moule, prendre à droite avant la double étoile rouge.

- Pour moi, c'était pas une moule, ça ressemblait plus à une savonnette. On n'a pas traversé la bonne nébuleuse. D'ailleurs, çà ne sentait pas la moule.

- Ça ne sentait pas non plus exactement le savon de Marseille. D'abord, tu tiens la carte à l'envers.

- C'est normal, puisqu'on vole la tête en bas.

- Dans l'espace, il n'y a pas de haut ni de bas.

- Ce que j'aimerais, c'est que dans ton cerveau il y ait de temps en temps des hauts, çà aiderait.

- Écoute, je crois que çà ne sert à rien de se disputer. Il faut se rendre à l'évidence, on est complètement perdus.

- Génial. T'as un plan ?

- Soyons optimistes. Ça pourrait être pire.

- J'ai beau chercher, je ne vois pas bien ce qui pourrait être pire que d'être perdus à bord d'un lit à baldaquins dans une sphère de dix mille années lumière de rayon, remplie de trous noirs et de supernovae sur le point d'exploser.

- Par exemple, on pourrait être morts. On a échappé de justesse aux copycats quand on est passés par la fenêtre du Lion's Den. Et avant çà, au moment où tu m'as dit ...


***


Ici, chers lecteurs, je vais vous demander votre participation. Nous allons ensemble réaliser un flash back. Pas de panique, ce n'est pas très difficile.
D'abord, vous vous représentez la scène : Maud et Ed, perdus dans leur lit au milieu de l'espace. N'hésitez pas à saupoudrer l'arrière plan de quelques galaxies et autres nébuleuses, nous avons le budget pour. Ensuite, vous brouillez l'image, par exemple, au moyen d'ondes concentriques comme lorsqu'on lance un caillou dans l'eau. Puis, en fondu, vous faites apparaître un autre décor : celui de la chambre du Lion's Den. Voilà votre flashback réalisé. Vous pouvez maintenant relancer la bande son, pour entendre Maud dire :


- Au contraire. Nous le savons très bien. Ed, c'est toi.

- ...ha !
haha !
hahaha hahahahJeahaha ouwahahaha hihihi hohohohohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah hahm'appelleaha hihi hi hi hi hi huhu hohohohoh raaaaaaaouhouhouhouhou Marchi hihihihi hihi héhé hohoho hahaha hahaha hahahahahaha ouwahahaha ouhouhCeciouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohoesthohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahahun hahaha hihi hi hi hi hi huappelhu hohohohoh raaaaaaaouhouhouhouhou hià hihihihi hihi hahaha hahahahahaha ouwahahaha hihihi l'aidehohohohohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha Unehohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahaentitéhah hahaha hihi hi hi hi hi huhu hoho(probablementhohoh waaaaaaaouhouhouhouhou hi hihi héhéextra-terrestre) hohoho hahaha hahaha hahaduhahahaha ouwahahaha hihihi hohohohohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah nom dehahaha hihi huhu Zaphodhohohohoh raaaaaaaouhouhouhouhou hi hihihihi hihi héhé hohoho hahaha hahaha hahahahahaha ouwahahaha hihihi hohohohohohoh a pris le contrôle de mon espritouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohodans le seul buthohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah hahaha hihi hi hi hi hi huhu hohohohoh raaaaaaaouhouhouhouhou hi hihihihi hihi héhé hohoho hade me faire créerhaha hahahahahaha ouwahahaha hihihi hohohole site du Néanthohohoh ouhouhouhouhet de m'y faire publierouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah hahaha hihi hi hi hi hi huhu hohohohoh hi hihihihi hihi héhé hohoho hahaha hahaha l'histoire de Nement.hahahahahaha ouwahahaha hihihi hohohohohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuAidez-moi, je vous en prie !uuahahahah hahaha hihi hi hi hi hi huhu hohohohoh houhouhouhou hi hihihihi hihi héhé hohoho hahaha hahaha hahahahahaha ouwahahaha hihihi hohohoC'est horriblehohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah hahaha hihi hi hi hi hi huhu hohohohoh raaad'être obligéaaaaou houhouhouhou hi hihihihi hihi héhé hohoho hahahahaha hahahd'écrireahahaha ouwahahaha hihihi hohohohohohoh ouhouhouhouhouh héhéhé héhé hahahahaha hohohohoho hihihihihi wouuuuuuuuuuuahahahah hahaha hihi hi toutes ces conneries.hi hi hi huhu hohohohoh raaaaaaaouhouhouhouhou hi hihihihi hihi héhé hohoho

Excuse-moi, Maud, c'est nerveux. Hi hi. Hi. C'est fou, ce que tu racontes. Moi, un copycat ! C'est trop drôle, haha.

- Ed, tu dois me croire ! A part le rêve de l'armoire, est-ce que tu peux te souvenir d'un seul autre rêve, dans ta vie ?

- ...
Alors, c'est vrai !
Tu vas me tuer ? Ou plutôt, me détruire ?

- Que dois-je faire, Ed ? Dis-le moi.

- Tu me le demandes ? ...
Tue-moi ! Tu dois sauver les humains. Je n'aime pas les manières de ces copycats et de leurs maîtres, même si j'en fais partie. Allez, tue-moi qu'on en finisse.

- Oui ! Génial ! C'est merveilleux !

- Ah, je suis content que me tuer te procure autant de plaisir, c'est réconfortant. Je ne dirais pas que j'attendais une parole gentille, mais ...

- Ed, tu ne comprends pas ! Ils ont trop bien réussi leur coup. L'imitation est tellement parfaite qu'ils ont fait de toi un humain virtuel. Tu t'identifies tellement aux humains que tu ne mettrais plus leur existence en danger. Ed, puisque tu nous as offert ta vie, je ne dois plus te tuer. C'est çà qui est merveilleux !

- Qu'est-ce qu'on fait, alors ?

- Viens avec moi, si tu veux bien, j'ai quelque chose à te montrer, et quelqu'un à te présenter.

- Ok, j'avais rien d'autre de prévu ce soir, de toutes façons.

- Non, pas par là, à moins que tu ne tiennes à retrouver ton amie Zabou ? Il me semble qu'elle s'est entichée de toi.

- Euh, non, je me sens un peu fatigué.

- Alors, passons par la fenêtre.


***


Le laboratoire secret était un concentré impressionnant de technologie.

Quoi ?
Comment nous sommes arrivés au laboratoire secret ?
Voyons, cher lecteur, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, l'expression 'laboratoire secret' contient le mot 'secret'. Pensez-vous que le laboratoire secret aurait de grandes chances de le rester -secret, si je publiais un plan d'accès ? Il y a des moments où vous me décevez un peu. Je me demande parfois si vous méritez que je vous raconte cette histoire. Enfin bref.


Le laboratoire secret, disais-je, était un concentré impressionnant de technologie. Plus impressionnant que les Laboratoires Ariel du Blanc, que le Centre de Recherches Canard WC, ou que l'Institut Pirelli du Matelas.

Maud semblait y occuper une position importante, car on nous laissa pénétrer jusqu'au coeur du complexe, une grande salle circulaire pleine de tubes, d'électro-aimants, de câbles, où s'affairaient des techniciens en tenues anti-poussière. Au centre du dispositif, élément un peu étrange, se trouvait une sorte d'ancien lit à baldaquins qui ne m'inspirait rien de bon.

J'étais plongé dans la contemplation de cette chose étrange quand une voix retentit derrière nous.

- Alors, mon garçon, on admire son nouveau jouet ?

Cette voix, je l'aurais reconnue entre mille :

- Snorri !

- Tu vas être content, j'ai prévu un petit programme festif spécialement pour toi.

- Ne me dis rien. Je suppose que je dois détruire l'Etoile Puante, comme d'habitude.

- On ne peut rien te cacher.

- Mais alors, la guerre n'est pas finie ?

- Non, Ed, nous avons gagné une bataille sans combattre, mais nos adversaires sont intelligents et déterminés. Ils ne vont pas renoncer.

- Et donc, cette fois, l'arme absolue que tu as la bonté de me confier est un vieux lit.

- C'est bien plus qu'un lit, mon garçon. C'est un rêvodrôme. Nous pensons que l'Etoile Puante se situe dans un univers parallèle. La seule manière de l'atteindre est par le canal du rêve. Tout le dispositif que tu vois ici ne sert qu'à diriger les rêves que vous allez faire.

- "Vous" ?

- Maud t'accompagne. Je ne tiens pas à laisser le sort de l'humanité entre tes seules mains. Par contre, ta présence est nécessaire. En tant que copycat, ta fonction de rêve a été manipulée, et notre espoir est que s'y trouvent encore des associations actives permettant de faire un lien avec l'univers de l'Etoile Puante.

- Bien. Quand partons-nous ?

- Pourquoi attendre ?

- Je suis épuisé.

- Le matelas est excellent. Vous vous reposerez en route.


Nous avons pris place dans le lit. Le plateau sur lequel il se trouvait s'est mis à tourner lentement. Nous avons fermé les yeux.

***


Et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés en pleine dispute, embarqués dans un lit complètement perdu au milieu du cosmos.

Cher lecteur, vous vous souvenez quand nous avons fait un flashback ensemble ? Et bien maintenant, le flash back est terminé, et nous retrouvons l'action où nous l'avions laissée.

Si nous ne nous étions pas disputé, Maud ne se serait pas retournée pour bouder. Et si elle ne s'était pas retournée, elle n'aurait peut être pas aperçu à temps nos poursuivants.

Ils étaient deux, à bord d'un canoë indien, en train de manier leurs pagaies avec application.

- Je les reconnais, dit Maud. Ce sont Brown et Kaplan, deux copycats.

- Ils vont plus vite que nous. Ils se rapprochent. Nous sommes foutus.

A suivre ...

L'étoile puante -9

The Lion, the Bitch, and the Wardrobe

Après avoir bu un café fort, enfin, pour être exact, une cafetière complète, j'ai enfin pu rassembler le courage nécessaire pour regarder la garde robe en face, m'en approcher, la toucher.

Je me suis rarement senti aussi bête, mais vous comprenez, il fallait que j'essaye. En tremblant, je suis monté dans l'armoire, j'ai fermé la porte, j'ai retenu mon souffle, et j'ai prononcé "conduis-moi sur la planète des grenouilles".

Il ne s'est rien passé. Pas la moindre vibration. La partie rationnelle de mon esprit s'y attendait, bien sûr, mais en même temps, le rêve était encore si vivant, si réel.
J'ai ré-essayé : "conduis moi sur Mars".
Toujours rien.
J'ai essayé successivement la Lune, les Caraïbes, la Normandie, le super-U du coin, mon bar habituel, la chambre de Maud, et j'ai fini par supplier mon armoire de bouger ne fut-ce que d'un mètre.
Rien.

Je devais me rendre à l'évidence, ce que je croyais avoir vécu n'était qu'un rêve. Un rêve magnifique, mais un rêve, sans plus de substance qu'un pet de papillon.

Et pourtant, cette plante, Tennyson. Elle est bien réelle !
Instinctivement, je m'en approche et la touche. C'est alors que je remarque des mots griffonnés sur une de ses feuilles :

Retrouve moi au Lion's Den à minuit. Demande Zara.

Un message de Maud !

Pourquoi tant de mystère ? Est-ce qu'elle craignait quelque chose ? Par précaution, j'ai retiré la feuille griffonnée de la plante, plus quelques autres, comme si j'enlevais des feuilles fanées, et je m'en suis débarrassé dans les toilettes. Une chose au moins était claire dans l'attitude de maud : elle voulait agir avec prudence.

***

D'après l'adresse, j'avais directement compris que le Lion's Den se trouvait dans le quartier chaud, mais je ne m'attendais quand même pas à me trouver face à un bordel.
En même temps, si nous étions surveillés comme Maud semblait le penser, l'endroit pouvait présenter l'avantage de rendre pratiquement impossible une filature discrète. Mes anges gardiens penseraient probablement que je fréquentais l'établissement en tant que client, et attendraient sagement dehors que j'en ressorte.

J'ai donc poussé la porte et je suis entré.
L'intérieur était horriblement sombre, à cause de l'éclairage très faible et du véritable brouillard que formait la fumée de cigarette stagnante. Immédiatement, les quatre ou cinq créatures assises au bar firent tourner leur tabouret pour me faire face, et me firent leur sourire le plus charmeur tout en prenant des poses suggestives. Je dis 'créatures', car pour certaines, je n'étais absolument pas capable d'en déterminer le sexe. La plus proche de moi, par exemple, possédait une moustache presqu'aussi opulente que sa poitrine.

J'ai un peu honte de dire que j'ai choisi celle qui me paraissait la plus inoffensive, une jeune fille (je crois) au crâne rasé portant des vêtement faits de lanières de cuir, et un collier de chien hérissé de clous de cinq centimètres. Pas spécialement mon genre, habituellement, mais croyez-moi, mon unique intention était de m'enquérir de Maud.

Je m'approchais donc de la fille d'un pas hésitant, lorsque un bras puissant m'a saisi par derrière, me serrant la poitrine presqu'à m'étouffer.
Une voix terrible a rugi à mes oreilles :

- Toi, mon lapin, tu es pour moi ! Je te veux ! Laisse donc ces minettes sans expérience. Maîtresse Zabou va te faire grimper aux tentures, tu vas voir.

Elle m'a retourné face à elle, et je n'ai plus eu le moindre doute qu'elle pourrait me faire grimper aux tentures - de peur. Elle devait frôler les deux mètres, elle avait une morphologie de joueur de rugby à la retraite, c'est à dire qu'en plus de bras et de cuisses comme des troncs d'arbres, elle était pourvue d'une panse pouvant probablement contenir un fut entier de Guinness. Elle avait des cheveux jaunes poisseux, probablement une ancienne perruque de music-hall. Elle était maquillée à outrance, et le tube de rouge à lèvres avait dérapé a plusieurs endroits sur quelques centimètres. Elle puait la transpiration et les auréoles sous ses bras atteignaient la ceinture de sa jupe. Elle m'a serré de plus belle, et s'est dirigée vers l'escalier menant aux chambres, mi me traînant, mi me portant.

Arrivé en haut de l'escalier, j'ai réussi à dégager ma bouche des replis de peau et à reprendre assez de souffle pour éructer :

- Zabou, je suis venu pour Zara.

Elle ma éloigné d'elle pour mieux m'observer, mais n'a pas relaché sa poigne.

- Qu'est-ce que tu lui veux, à cette pauvre choute. Si tu lui veux du mal, tu aurais aussi bien fait de te jeter sous une voiture avant d'entrer ici. Quand j'en aurai fini avec toi, tu repartiras avec une belle écharpe autour du cou pour te tenir au chaud, faite avec tes propres tripes.

- Non ! Je ne lui veux pas de mal. Elle m'attend. Je suis Ed.

- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ?

- Si vous m'en aviez laissé le temps ...

- Je me demande bien ce qu'une fille comme elle fait avec un avorton dans ton genre.

- Où est-elle?

- Troisième porte à gauche. Et au cas ou tu changerais d'avis sur tes intentions, je ne suis pas loin.

Je n'ai pas eu envie de creuser le sens exact de ses paroles.

J'avais une certaine dose d'appréhension avant d'ouvrir cette porte. Mais dans la chambre, c'est bien Maud que j'ai trouvée, étendue sur le lit. Dès qu'elle m'a vu, elle s'est levée, elle a souri, elle a dit mon nom, et je l'ai prise dans mes bras.

J'ai voulu l'embrasser, mais elle m'en a empêché.

- Ecoute, nous n'avons pas beaucoup de temps. Si tu reste trop longtemps, ils vont trouver ça bizarre, dehors.

- Maud, dit-moi ce qui ce passe, qui sont ces gens dont tu parles ? Que nous veulent-ils ? Qu'est-ce qui est la réalité, et qu'est-ce qui ...

- Attends ! Une question à la fois. Ces gens, comme tu dis, ne sont pas tout à fait des gens. Ce sont des créatures artificielles.

- Tu veux dire des robots ?

- Oui, si tu veux, mais en bien plus sophistiqué. Nous les appelons des copycats. Presque rien ne les distingue d'un humain. Ils en possèdent toutes les fonctions biologiques, peuvent se reproduire grâce à un système d'ADN, ils ont même leur propre version du sens de l'humour, qui ressemble un peu à de l'humour belge.

- C'est terrible ! Mais d'où viennent-ils, et que veulent-ils ?


- On pense qu'ils viennent d'un système solaire dont le nom de code est 'Stinking Star'. Quant à leur but, il est horrible. Les copycats vont petit à petit prendre la place des humains sans que personne ne s'en aperçoive. Alors, lorsque plus un seul humain authentique ne sera en vie, les copycats seront désactivés d'un coup. La race humaine aura disparu, et la planète sera libre pour être colonisée par leurs maîtres, sans avoir été abimée par une guerre interstellaire.

- Mais même si ce que tu dis est vrai, quel rôle jouons-nous dans ce plan machiavélique, toi et moi ?

- Tu y joues un rôle central, Ed. Je t'ai dit que presque rien ne les distinguait des humains. C'était vrai jusqu'à aujourd'hui. La seule manière de les différencier jusqu'à présent était que les copycats ne rêvaient pas. C'était mince, mais c'était une piste pour les identifer. Seulement, leurs créateurs sont sur le point de perfectionner les copycats en simulant chez eux une fonction de rêve. Mais le plus difficile pour eux était de faire en sorte que les copycats soient convaincus eux-mêmes qu'ils rêvent. De cette façon, ils ignoreraient tout de leur propre nature, et se considéreraient comme d'authentiques êtres humains, donc virtuellement impossibles à détecter. Le plan serait alors sans faille.

- Mail ils ont réussi cette évolution, déjà ?


- Justement, nous sommes au moment critique. Une expérience est en cours actuellement avec un prototype. Si cette expérience réussit, la race humaine est perdue.

- Alors, on n'a pas le choix ; il faut absolument arriver à détruire ce prototype. Mais évidemment, j'imagine que personne ne sait où il se trouve.

- Au contraire. Nous le savons très bien. Ed, c'est toi.


A suivre...

L'étoile puante -8

A moose bit my sister once (Monty Python)

- Qu'est-ce que c'est que cette fille ! Je veux qu'on m'explique ! Brown !

- Je n'en sais rien, Monsieur Kaplan. Elle a emménagé il y a trois semaines dans l'immeuble. Nous n'avons pas jugé utile d'investiguer.

- Quoi ! Une fille qui -comme par hasard, affirme s'appeler Maud, débarque dans la zone d'opération trois semaines avant la phase finale, et vous n'estimez pas utile d'investiguer ? Brown, vous vous foutez de moi ?

- Mais monsieur Kaplan, le sujet à réagi à l'implant exactement comme espéré. L'interaction de cette fille ne change rien au résultat.

- Comment ? Mais vous n'avez pas vu ce qu'elle avait en main ? Un élément du rêve ! Jusqu'à ce point, Nement était persuadé d'avoir rêvé. Maintenant, il va inévitablement se poser des questions. Etes-vous conscient que cela compromet le succès de toute l'opération ?

- S'il se pose des questions, il va ré-essayer de voyager en armoire, et se rendra vite compte que ça ne marche pas. Il se convaincra qu'il a rêvé et mettra l'épisode de la fille sur le compte d'une coïncidence. Le rêve a été conçu pour absorber ce genre d'impondérables.

- En effet, ce n'est pas pour rien que nous avons mis cinq ans à le mettre au point, Brown. Espérons que vous avez raison ce coup-ci. En attendant, nous ignorons qui est cette fille, d'où elle vient, et ce qu'elle sait exactement ; mais une chose est sûre, c'est qu'elle doit disparaître.

- J'ai déjà donné des ordres, Monsieur.

A suivre ...

L'étoile puante -7

We are no longer the knights who say 'Ni!' (Monty Python)

Purée ! J'ai l'impression que mon cerveau vient d'exploser, comme si j'avais fait une chute de quatre cent mètres sur la tête.

En réalité, j'ai fait une chute de quarante centimètres. Ma tête est par terre, mais mes jambes sont toujours sur le lit. Cette fois, c'est dit, j'arrête le whisky. Au moins jusqu'à ce soir. J'espère qu'on n'est pas déjà le soir. C'est quoi ce liquide puant ? Eeerk, mais je suis en train de baigner dans mon vomi. J'essaye d'ouvrir les yeux. La vision de ma chambre, plongée dans la pénombre me fait mal. Les objets tournent lentement. Mes meubles fidèles et haïs : le lit, l'armoire, la table. L'univers minable et étriqué de ma chambre.

C'est ma chute qui a du me réveiller. Merde, je crois que j'étais en train de faire un super rêve. J'étais dans un lit, avec une fille géniale, et le lit volait. Le septième ciel, quoi ! On était sur une autre planète, on vivait plein d'aventures. Complètement débile ce rêve, mais bien agréable. Ah, merde, j'aurais voulu y rester et ne jamais me réveiller.

[NDLR : Ah non, par pitié, pas ce procédé bateau ! C'est un peu facile : quand l'auteur a bien empêtre son personnage dans une situation inextricable, paf, le personnage se réveille en s'exclamant "ce n'était qu'un rêve". Minable ! Tellement décevant de la part d'un auteur comme Nement.]

Ou alors ...
Au fur et à mesure que le rêve me revenait en mémoire, et que les brumes de mon esprit commençaient à se dissiper légèrement -juste assez pour que les rouages se remettent à tourner en grinçant, mais pas assez pour produire un raisonnement sensé, une autre possibilité bien plus folle commençait à s'imposer à moi.

Sturluson savait que j'écrirais cette histoire, qu'elle paraîtrait sur le site du Rien, et qu'elle enfreindrait la législation du Néant en contenant trop de péripéties. Il a donc porté plainte, sachant que l'histoire serait condamnée à révision par le tribunal du Vide. Il savait que je serais renvoyé chez-moi, à mon époque. Lorsqu'il a vu s'éteindre l'anneau, il a cru que j'avais réussi la mission qu'il m'avait confiée, et a voulu me récompenser en me renvoyant chez-moi ! Oui, c'est çà, je le sens !

Mais Snorri ! En revenant sur Terre, j'ai tout perdu ! J'avais trouvé l'aventure, les voyages, une mission à accomplir. Ici, je n'ai rien de tout ça. Et pire que tout, j'ai perdu Maud.

C'est alors que je me rendis compte que les bruits sourds que j'entendais depuis quelques temps ne provenaient pas de l'intérieur de ma tête, mais que quelqu'un était en train de frapper à ma porte.

J'ai rassemblé le peu de forces qui me restait, j'ai relevé mon corps endolori, et je suis allé ouvrir.

Derrière la porte se tenait une grande fille aux cheveux noirs ébouriffés. Elle tenait dans les mains une plante verte du genre fougère dépressive.

Tout ce que j'ai pu faire, c'est rester planté devant la porte comme un imbécile, la bouche ouverte et les yeux ronds, pendant que la fille me parlait.

- Salut, je suis ta voisine d'en face, tu me reconnais ? Je vais devoir m'absenter quelque temps, et je voulais te demander si tu pouvais garder ma plante pendant mon absence. Elle s'appelle Tennyson, et elle ne te fera pas d'ennuis. Merci et à bientôt.

En parlant, elle m'avait tendu la plante que j'avais prise sans m'en rendre compte. Je cherchais quelque chose à dire, mais elle était déjà ressortie en fermant la porte derrière elle.

J'ai de suite regretté ma passivité, mais en même temps, elle avait un air étrangement distant et semblait sur la défensive. Si mon raisonnement fou tenait la route, elle avait peut être traversé la même expérience que moi, et ressentait le même état de confusion. Il valait mieux ne pas précipiter les choses. J'avais d'abord besoin de réfléchir.

A suivre ...

L'étoile puante -6

Comme j'étais assis par terre à me morfondre, mon regard tomba par hasard sur le plat de simili-bananes.
C'est alors qu'une image complètement folle, sans doute surgie de mon enfance, traversa mon cerveau.
Voyons ; jusqu'ici, les trucs les plus fous avaient toujours marché comme dans un rêve. Au début de mes aventures, j'étais quand-même bel et bien entré dans une armoire en lui ordonnant de m'emmener sur une autre planète. Et ça avait marché !

Je pris une des bananes dans le plateau, l'approchai de mon oreille comme un téléphone, et dit d'une voix convaincue :

- Allo, Maud ?

C'était peut-être mon imagination, mais il me sembla entendre un bourdonnement suivi d'un déclic. Je répétai :

- Allo, Maud, tu m'entends ?

- C'est quoi, ce cirque ?
-dit une voix venant de ma banane. Il y a un plateau de fruits dans ma cellule. J'ai entendu une banane sonner, je décroche et c'est toi ! Ed, explique-moi ça.

- Je ne l'explique pas. Je crois que nous sommes dotés d'un pouvoir étrange sur les objets. J'ignore d'où ça vient et on n'a pas le temps de chercher. Ecoute, Laidebaurre va arriver chez-toi d'un instant à l'autre. Et il a la ferme intention de te violer.

- Quelle horreur ! T'as un plan ?

- Euh, c'est-à-dire que ... oui ; enfin ...

Et la communication s'interrompit.

L'attente était insupportable. Laidebaurre avait beau être un petit gnome rachitique, il serait probablement sur ses gardes, et je n'étais pas du tout certain que Maud pourrait en venir à bout.

***


Alors que je n'avais pratiquement plus d'ongles sur les doigts à force de les ronger d'inquiétude, et que je m'apprêtais à entamer mes orteils, un bruit de clé se fit entendre, actionnant la serrure de ma porte. La porte s'ouvrit, laissant la place à Laidebaurre, le teint plus jaune que jamais, un rictus de rage barrant sa face vicieuse.

Il était suivi sur les talons par Maud, qui lui pointait une banane dans le milieu du dos.
Voyant mon air éberlué, elle m'expliqua :

- Quand tu m'as dit que nous avions un pouvoir sur les objets, ça m'a fait penser qu'une banane ressemblait vaguement à un pistolet. Quand ce nabot est entré, j'ai braqué la banane sur lui en criant "mains en l'air".

- Et il a levé les mains ?

- Non, il a ricané en me demandant si je comptais l'impressionner avec une banane vénusienne.

- Alors ?

- Alors, j'ai tiré ! Et j'ai réduit le plat d'asticots en miettes. Après, il m'a suivi en silence sans faire d'histoires.

- Bien ! Maintenant, filons d'ici au plus vite.

- Mais comment ?

- J'ai une idée : il nous faudrait une armoire.

- Ou trouver une armoire dans cette grenouillère ?

- Le gnome doit bien en avoir une. Hé, toi ; où se trouve ta chambre ?


Laidebaurre nous indiqua sans se faire trop prier l'emplacement de sa chambre, puis nous l'enfermâmes dans ma cellule, et nous partîmes dans le couloir en suivant ses indications.

Nous arrivâmes à la chambre de Laidebaurre sans autre péripétie (bah oui, parfois, il arrive que les plans se déroulent sans encombre). Seulement, sa chambre ne contenait que des étagères très peu propices à un voyage confortable. Le seul meuble digne d'intérêt était un énorme lit à baldaquins. Maud et moi nous nous regardâmes, et nous eûmes la même idée.

- Ma chérie, nous allons voyager en première !

Dans un bel ensemble, nous levâmes l'index droit très haut, nous tendîmes la jambe gauche en avant, et sautâmes sur le lit en criant :

- En route pour de nouvelles aventures !

***

Le début de ce nouveau voyage s'annonçait merveilleusement bien. Le lit était très confortable et croisait à une vitesse paresseuse au dessus de la planète des grenouilles, qui, les rares fois où nous émergeâmes des couvertures nous parut relativement sympathique.

[NDLR, j'ai décidé de vous faire grâce de nombreuses et inutiles scènes à caractère contorsionniste dont l'auteur semble se régaler. D'ailleurs, quand on voit ceci, ou ceci, ou encore ceci, on ne peut s'empêcher de penser que l'auteur possède une libido particulièrement perverse qui ne saurait intéresser le lecteur soucieux avant tout de poésie et d'aventure.]

Etait-ce l'épuisement ? Les contours des objets me semblèrent soudain se brouiller, les couleurs s'estomper, l'air devenir plus ténu.

***


Publication du jugement N456R3873 du Tribunal du Vide, Première Chambre du Néant.


Affaire Sturluson contre Beeblebrox.


Plaignant : Snorri Sturluson

Défense : Zaphod Beeblebrox

Attendu que le dénommé Zaphod Beeblebrox est éditeur (ir)responsable du site intitulé "la page nulle de Zaph" ;

attendu que ce site publie une série sous le titre "The Stinking Star" ;

attendu que cette série se réclame du Néant, tout en relatant un nombre de péripéties manifestement incompatible avec les lois universelles du Rien ;

attendu que nombre des-dites péripéties présente un caractère pornographique en infraction à l'article 897-quater de l'Interstellar Morality Act ;

Le tribunal statue que :

Le personnage principal de la série, à savoir Edgar W. Nement, se verra immédiatement désactivé et replacé dans un contexte de Néant satisfaisant aux normes en vigueur.

La défense dispose d'une période de 90 jours intergalactiques standards pour faire appel de ce jugement.

***

Soudain, le lit opéra une figure acrobatique connue sous le nom de demi-tonneau. Je n'eus pas le réflexe de m'accrocher à quelque chose, et je tombai dans une chute vertigineuse. Le sol se rapprochait à une vitesse folle. Le vent s'engouffrait dans mon nez, dans mes oreilles, dans ... enfin, partout. Je vis des évènements de ma vie défiler devant mes yeux, comme la fois où, ayant été choisi comme témoin à un mariage, j'étais arrivé bourré à la cérémonie, et j'avais vomi devant le prêtre sur le petit coussin avec les alliances ; ou bien la fois où, m'étant couché bourré, des copains avaient complètement déménagé ma chambre (y compris mon lit avec moi à l'intérieur) au milieu de la rue, et je m'étais fait réveiller le matin par les klaxons des automobiles forcées de contourner les meubles ; ou la fois où, complètement bourré ... hem, j'essayai de me remémorer un épisode où je n'étais pas complètement bourré, mais en vain.

Lorsque je vis deux coccinelles en plein coït sur un brin d'herbe, une rapide estimation m'informa qu'en tombant d'une hauteur de plus ou moins quatre cent mètres, et soumis à une accélération d'environ dix mètres par seconde carrée, le temps qu'il me restait à vivre était exactement -si mes calculs étaient bons, très très court.

Et tout devint noir.

A suivre ...

L'étoile puante -5

Game over?

"Courage!" he said, and pointed toward the land,
"This mounting wave will roll us shoreward soon."

(A. Tennyson - The Lotus Eaters)

Maud ouvrit la bouche pour me répondre, mais le seul mot qu'elle prononça fut :

- L'anneau !

- Quoi, tu veux une alliance, ou une bague de fiançailles ? Écoute, on va probablement mourir dans les minutes qui viennent, tu ne vas pas pinailler pour une question d'anneau ! Ne sois pas si formaliste !

- Regarde par la fenêtre, vite !

Nous étions arrivés à la hauteur de l'anneau rouge et bleu, et à ce moment précis, celui-ci s'était mis à clignoter, pour s'éteindre complètement quelques instants plus tard.
Comme s'il réagissait à un signal, le vaisseau vert stomatologue avait relâche sa terrible étreinte, et tous les autres vaisseaux semblaient d'ailleurs avoir abandonné toute velléité combative.

Nous étions les premiers et les seuls à avoir traversé l'anneau, mais notre armoire était dans un triste état. Nous descendîmes en vrille sur la planète la plus proche pour aller nous écraser au bord d'une mare. Par bonheur, ni Maud ni moi n'étions sérieusement blessés.

Mais, une fois de plus, un étrange comité d'accueil nous attendait. De nombreuses créatures ressemblant furieusement à des batraciens étaient installées en cercle et observaient notre armoire. Quelques détails les différenciaient de vulgaires grenouilles : elles avaient une taille humaine, portaient des vêtements colorés, et se déplaçaient sur leurs pattes postérieures.

Je proposai à Maud de sortir le premier pour essayer de sonder discrètement leurs intentions.

Je m'extirpai donc des débris de l'armoire en criant :

- Bonjour ! Quelles sont vos intentions ?
Elles semblaient plutôt amicales, puisque les créatures se mirent aussitôt à applaudir (ce qui, à cause de leurs doigts palmés, donnait une succession de flops et de pops), et à coasser joyeusement.

Un petit humain chauve au teint jaune et aux yeux étrangement rapprochés se détacha de la foule et s'adressa à moi.

- Soyez le bienvenu, je suis Laidebaurre. J'officie entre autres choses comme traducteur auprès de sa majesté Jellyfrog le Treizième. Il me charge de vous féliciter pour votre exploit.
Et en effet, je dois reconnaître que le coup de l'armoire était extrêmement bien joué. Cela vous a sans aucun doute permis de vous infiltrer suffisamment près du portail sans vous faire détecter par les sensors des autres concurrents. Je suis aussi autorisé à vous annoncer que votre mariage aura lieu demain.

- Quoi, vous êtes déjà au courant ? Mais elle n'a pas encore accepté !

- Ne vous en faites pas pour ce détail. La princesse Frogestine est tenue de se conformer au protocole établi par sa majesté Jellyfrog. Le premier chevalier qui aura fait preuve de son courage et de son adresse en traversant l'anneau céleste épousera la princesse et deviendra héritier du trône. Vous êtes celui-là.

- Euh ... je suis ... très honoré, euh, mais ...


C'est ce moment que choisit Maud pour surgir des débris de l'armoire en hurlant.

- Espèce de scélérat ! Il y a moins d'une heure, tu me demandais en mariage, et maintenant, tu oses faire le joli coeur avec Kermit ! Tu crois peut-être qu'elle va se transformer en vraie princesse quand tu l'auras embrassée ?

L'expression de Laidebaurre passa rapidement de la surprise à la stupéfaction puis à la colère.

- Comment osez-vous vous présenter à cette épreuve en compagnie d'une femelle ! C'est une insulte irréparable au roi et à la princesse ! Gardes, emparez-vous d'eux !

***
C'est ainsi que nous nous retrouvâmes une nouvelle fois prisonniers. Mais cette fois, il s'agissait bel et bien de cellules, avec barreaux aux fenêtres et lourde porte métallique. Maud et moi avions été enfermés séparément. Ma cellule était complètement vide, si ce n'est une cruche d'eau , un plat grouillant de larves blanches, et un autre de fruits ressemblant vaguement à des bananes.

Quelques heures plus tard, le vasistas de la porte de ma cellule s'ouvrit, laissant apparaître le visage de Laidebaurre, l'air plus sournois que jamais.

- Ce n'est pas très malin, mon ami, ce que vous avez fait. Gagner brillamment ce tournoi et saboter votre victoire du même coup.

- Mais nous n'avons jamais eu l'intention de participer à un tournoi. Nous sommes venus pour détruire l'Etoile Puante.

- Alors, vous n'avez pas frappé à la bonne porte. Il existe bel et bien une Etoile Puante, mais ce n'est pas notre étoile, elle n'a rien à voir avec l'anneau céleste, et nous n'en sommes aucunement responsables. Au contraire, notre peuple souffre aussi de ce mal. C'est même une des raisons d'être de ce tournoi : selon l'ancienne prédiction, le chevalier qui réussirait à triompher de l'épreuve et épouserait la princesse serait aussi celui qui débarrasserait à tout jamais la planète de ce fléau. Vous comprenez que le roi est doublement mécontent.

- Nous n'y sommes pour rien ! Laissez-nous partir. Dans le meilleur des cas, nous trouverons l'Etoile Puante et nous réussirons à la détruire. Cela ne peut que profiter à tout le monde.


- Je crains mon ami que cela soit impossible. Le roi ne peut mettre ainsi en péril son honneur et sa dignité. Mais rassurez-vous, le bon Laidebaurre a réussi à convaincre le roi de ne pas vous mettre à mort après d'horribles tortures. Le roi est maintenant prêt à oublier ce petit faux pas. Il m'a chargé d'examiner nos deux visiteurs et de déterminer qui est le mâle. Celui-ci épousera la princesse comme si de rien n'était. Quant à la femelle, elle deviendra ma propriété en récompense de mes loyaux services. Cela fait si longtemps que j'ai quitté la terre et que je n'ai pas vu une femme. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis impatient. Cette petite n'est pas la plus jolie fille du monde, mais j'aurais bien tort de me montrer trop difficile, n'est-ce pas. Allez, remerciez votre ami Laidebaurre ; grâce à moi, vous avez tous deux la vie sauve.

- Vous n'êtes pas mon ami ! Vous n'êtes qu'une crapule. Plutôt mourir que d'accepter ce chantage !

- Je vous laisse réfléchir. Mais maintenant, vous m'excuserez, je dois aller examiner l'autre captive et vérifier par un examen très minutieux, qu'il s'agit bien d'une femelle.

Et le loquet se referma d'un coup sec. J'entendis Laidebaurre ricaner en s'éloignant dans le couloir.
Je me laissai tomber par terre, tiraillé entre la rage et le désespoir. Notre armoire était hors d'usage, nous étions bloqués indéfiniment sur cette planète de fous où ils voulaient me forcer à épouser une grenouille, et Maud allait se faire violer par un gnome lubrique d'un instant à l'autre. C'était pire qu'un roman de Dan Brown. J'en venais à regretter que le vaisseau vert ne nous aie pas détruits.

A suivre ...

L'étoile puante -4

De la violence, du sexe, et des belles bagnoles

L'espace est grand.
Vertigineusement grand. Hyperboliquement grand. Epoustouflifiantement grand. Tellement grand que ça donne mal au crâne d'essayer de se représenter la grandeur de l'espace.
Imaginez, mis bout à bout, tous les spaghetti jamais préparés par tous les cuisiniers italiens ayant jamais existé. Eh bien, l'espace est plus grand.
Imaginez une girafe dont la queue aurait la taille de la galaxie d'Andromède. Eh bien, l'espace est plus grand.
Imaginez tous les cons que la terre a portés depuis l'apparition de l'homme, se donnant la main dans une grande chaîne de la connerie. Eh bien, l'espace est plus grand.
Bref, s'il y a un mot qui convient pour décrire l'espace, c'est le mot "grand".

Toutefois, l'espace n'est pas infini.
C'est ce qui fait qu'on peut se dire qu'un jour peut-être, les cons (seule race en perpétuelle croissance démographique depuis leur apparition) seront tellement nombreux qu'ils rempliront tout l'espace disponible.
C'est pour ça que les cons ne sont jamais contents avec ce qu'ils ont. C'est pour ça que les cons sont toujours prêts à déclencher quelque opération militaire pour envahir un voisin et occuper son espace vital.
C'est pour ça aussi qu'un gars comme Ed, voyageant dans son armoire, n'a pas une probabilité nulle d'arriver à destination.

Zaph.


***


Je pris ma voix la plus aimable et tentai de désamorcer l'insoutenable tension régnant dans la pièce.

- Ecoute, Snorri. Je te connais. Tu me connais. Bref, on se connaît, quoi ! Parlons franchement. Je trouve regrettable la situation que traverse votre planète, et crois bien que je compatis de tout coeur. Mais nous sommes en quelque sorte des touristes qui venons de débarquer. Je ne suis pas sûr que nous soyons les plus à-mêmes de solutionner tous vos problèmes.

- Tu te trompes, mon petit gars. Vous êtes notre dernière chance. Tu as vu l'état de la population, hier. Nous sommes tous trop faibles pour nous lancer dans ce genre d'aventure. Vous seuls avez une chance de réussir tant que vous avez encore des forces, mais le temps presse. Et n'oubliez pas qu'après nous, la Terre sera probablement la prochaine victime de ce monstre. Venez, nous avons mis la crème de notre flotte à votre disposition.

***


Le spatioport était une vaste étendue plate dont le périmètre était entouré de bâtiments administratifs, d'hôtels bon marché, d'entrepôts, et surtout de débits de boisson, ces derniers étant apparemment les seuls établissements à rencontrer quelque succès. La surface centrale était encombrée de vaisseaux de toutes formes et de toutes tailles répartis sans aucun arrangement logique.

Notre navette nous déposa au centre du dispositif, près d'un superbe engin argenté au profil effilé, donnant une terrible impression de vitesse et de puissance qui aurait presque suffi à nous remonter le moral.

Je laissai échapper un petit sifflement d'admiration.
- Il est magnifique ! Il brille de partout !

- C'est normal, mon gars,
dit Snorri d'un ton fier, il est entièrement construit en titache.

- Quand je pense que nous allons voler dans cet engin, je suis presque optimiste !

- Euh, un instant ! Il y a un léger malentendu. Celui-là, c'est mon yacht de croisière. Il est beaucoup trop visible pour votre mission. Voici votre véhicule,
dit Snorri, pointant quelques mètres plus loin, dans l'ombre du vaisseau.

Nos yeux tombèrent sur une grande armoire, assez semblable à la mienne, mais environ cinq fois plus grande, et équipée de fenêtres.

- Non, pitié, j'en ai marre de voyager en garde robe.

- Nos artisans l'ont fabriquée pendant la nuit en s'inspirant du modèle de la vôtre. Nous nous sommes dit que vous vous sentiriez chez vous. De plus, je ne pense pas que vous soyez capables de maîtriser les systèmes de pilotage et d'armement de notre flotte. Venez voir, nous avons aménagé une chambre, une salle de bain, et une soute à vivres.

- Et ça, c'est quoi ? Le réservoir d'eau ?

- Non, ça, c'est la citerne à vomi. Nous pensons que plus vous approcherez de l'Etoile Puante, plus vous risquerez de souffrir de désagréments gastriques.

- Charmante attention !

- Eh bien, mes amis, il me reste à vous souhaiter un excellent voyage et bonne chance. Nous comptons sur vous !


Il nous embrassa chaleureusement, nous fit entrer dans l'armoire, ferma la porte, et la tapota en criant :

- Vers l'étoile Puante !

Je l'entendis encore prononcer
- Allons en face, les gars, c'est ma tournée.

Puis l'armoire se mit à vibrer.

***


Je vous ai déjà dit que l'espace est grand ?
Si grand, que si tous les cons de la terre se donnaient la main dans une grande chaîne de la connerie, ils pourraient encore danser la gigue sans se sentir à l'étroit.
Nous avions l'impression d'être les deux premiers cons de la chaîne.

Dans l'immensité de l'espace, les voyages -même à vitesse supra-luminique dans une armoire dernier cri, durent un temps non négligeable. Heureusement, les fenêtres aménagées dans notre véhicule nous permirent d'admirer le paysage.
Nous avons vu des étoiles de toutes tailles et couleurs, depuis la naine blanche jusqu'à la géante rouge, d'impressionnants amas globulaires, des galaxies spirales, des nébuleuses gazeuses. Nous avons chatouillé la queue d'une comète et nous nous sommes baignés dans la lumière irréelle de ses myriades de particules cristallines. Nous avons vu des sables aussi (euh non, là je confonds).

Un beau jour, alors que nous traversions la constellation d'Horion, nous assistâmes à un spectacle très émouvant. Bien à l'abri et au chaud dans une nébuleuse gazeuse issue de l'explosion d'une supernova, qui ressemblait à un petit nid douillet fait de ouate blanche, se blottissait une pépinière de protoétoiles. Ces petites étoiles d'un bleu malicieux brillaient d'un éclat tout jeune et joyeux, semblables à une portée de chatons miaulant après leur mère.

Maud fut émue par ce spectacle.
- Regarde comme elles sont trop mignonnes !

Elle me prit la main, et à ma grande surprise, la posa sur son ...

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... dès lors, le voyage nous parut beaucoup moins long.
Nous commencions à nous rapprocher sérieusement de l'anneau rouge et bleu.
C'est alors que Maud me fit remarquer un point brillant qui grossissait.
Nous vîmes bien vite qu'il s'agissait en réalité d'un vaisseau spatial qui fonçait droit sur nous.
Nous avons bien cru qu'il allait nous percuter de plein fouet. Finalement, il passa comme une flèche à quelques dizaines de mètres de nous. Mais non loin derrière, sur la même trajectoire se pressait un autre vaisseau. Il émit une sorte de rayon énergétique qui se focalisa sur le vaisseau poursuivi et le fit exploser dans une énorme boule de feu.
On continuait d'approcher de l'anneau, et on s'aperçut que l'espace grouillait de vaisseaux de toutes tailles se poursuivant les uns les autres dans la pagaille la plus totale. Ils étaient pourvus des armes les plus diverses et les plus effrayantes et se livraient une bataille sans merci. Certains avaient un aspect lent et massif, mais offraient une résistance élevée aux tirs ennemis. D'autres étaient de vrai faucons, vifs et rapides, mais semble-t'il dépourvus de boucliers.

Dans notre discrète armoire, nous semblions passer inaperçus quand tout à coup, Maud poussa un cri en désignant une des fenêtres. Un des petits engins rapides venait d'opérer un brusque changement de direction et pointait ses canons sur nous. Il fit feu, et un rayon d'énergie rouge (c'est la plus méchante) se dirigea droit sur nous. Il nous atteignit en une fraction de seconde, mais à notre grande surprise et non moins grand soulagement, il ne se passa strictement rien.

- Je parie, me dit Maud, que ces champs électromagnétiques sont redoutables sur les moteurs et les matériaux de ces engins futuristes, mais sur une bonne vieille armoire en pin anglais, elles n'ont aucun effet. Snorri avait vu clair, finalement !

Nous étions provisoirement tirés d'affaire, mais pas pour longtemps.
Un monstrueux engin vert armé de tentacules, pinces, et différents appendices effrayants, pire qu'un fauteuil de dentiste, nous poursuivait et se rapprochait inexorablement.
Quand il fut à quelques mètres, il nous agrippa au moyen d'une pince, et envoya vers nous un inquiétant outil tubulaire.

- Je sais ce que c'est ! s'écria Maud. Ils ont du voler les plans sur Terre. C'est une arme terrible. Ça s'appelle le "Babyliss 230 Pro Pink Curler". Ma mère utilise le même en plus petit pour se faire des boucles dans les cheveux. C'est horrible!

- Quoi, la tête de ta mère ?

- Mais non, ce truc! Il va nous carboniser !

La chaleur devint rapidement insoutenable à l'intérieur de l'armoire. De la fumée commençait à s'infiltrer. Nous étions perdus. Notre quête s'achevait ici, d'une manière si stupide, vaincus par un Babyliss.

Dans la folie du désespoir, je pris Maud dans mes bras, la serrai contre moi, et m'écriai :
- Maud, veux-tu m'épouser ?

A suivre ...

L'étoile puante -3

(3) Maud

A Stereodrama in Dolby Surround

(where we see that Ed's writing is really as boring and empty as promised at the beginning of this series)

En poésie, les mots ont le vertige;
Ils se tiennent loin du bord de la page.
(E. Nement)

I hate the dreadful hollow behind the little wood,
Where a long time ago, I went to fetch my fern.
There is sticky mud all over the place,
And Echo there, whatever is ask'd her, answers 'Bullshit.'

I remember the time when the roots of my hair were stirr'd
By a shuffled step, by a vibration, by a flying cupboard,
And my pulses closed their gates with a shock on my heart as I saw
The fine dust and the dark mountains of the red sister planet.

I am sick of the pizza and the whisky, I am sick of the poetry and the blue planet.
Why should I stay? can a sweeter chance ever come to me here?
O, having the nerves of motion as well as the nerves of pain,
Were it not wise if I fled from the place and the whisky and the fear?
And most of all would I flee from the cruel madness of love,
The honey of poison-flowers and all the measureless ill.

I remember, I know not whence, of the singular beauty of Maud;
What is she now? My dreams are bad. She may bring me a curse.
No, there is fatter game on earth; she will let me alone.

If Maud were all that she seem'd,
And her smile had all that I dream'd,
Then the world were not so bitter
But a smile could make it sweet.

The fancy flatter'd my mind,
And again seem'd overbold;
Now I thought that she cared for me,
Now I thought she was kind
Only because she was cold.

For a raven ever croaks, at my side,
Keep watch and ward, keep watch and ward,
Or thou wilt prove their tool.
Yea, too, myself from myself I guard,
For often a man's own angry pride
Is cap and bells for a fool.

Villainy somewhere! whose? One says, we are villains all.
Not he: his honest fame should at least by me be maintained:
But that old man, Snorri, now lord of the Vulgarian people,
Was there to greet me where another was waited.

But these are the days of advance, the works of the men of mind,
When who but a fool would have faith in a poet's ware or his word?
Is it peace or war? Civil war, as I think, and that of a kind
The viler, as underhand, not openly bearing the sword.

For I trust if an enemy's fleet came yonder round by the moon,
And the rushing battle-bolt sang from the spaceship out of the night,
That the smooth-faced snubnosed rogue would leap from his hide and till,
And strike, if he could, were it but with his cheating yardwand, home.

We are puppets, Man in his pride, and Beauty fair in her flower;
Do we move ourselves, or are moved by an unseen hand at a game
That pushes us off from the board, and others ever succeed?
Ah yet, we cannot be kind to each other here for an hour;
We whisper, and hint, and chuckle, and grin at a brother's shame;
However we brave it out, we men are a little breed.

A monstrous eft was of old the Lord and Master of Stink,
For him did his high sun flame, and his river billowing ran,
And he felt himself in his force to be Nature's crowning race.
As nine months go to the shaping an infant ripe for his birth,
So many a million of ages have gone to the making of man:
He now is first, but is he the last? is he not too base?

Who knows the ways of the world?
Our planet is one, the suns are many, the world is wide.
Shall I weep if a moon fall? shall I shriek if an earth fail?
Or an infant civilisation be ruled with rod or with knout?

I felt a horror over me creep,
Prickle my skin and catch my breath,
The gates of Heaven are closed, and she is gone.

And there rises a passionate cry in the darkening land
Where each man walks with his head in a cloud of poisonous flies.
And the yellow vapours choke
The great city sounding wide;
The day comes, a dull red ball
Wrapt in drifts of lurid smoke
On the misty space-tide.
What is it, that has been done?
O dawn of Eden bright over earth and sky,
The fires of Hell brake out of thy rising sun,
The fires of Hell and of Hate.

For the prophecy given of old
And then not understood,
Has come to pass as foretold.

But now shine on, and what care I,
Who in this stormy gulf have found a pearl
The countercharm of space and hollow sky,
And do accept my madness, and would die
To save from some slight shame one simple girl.

O let the solid ground
Not fail beneath my feet
Before my life has found
What some have found so sweet;
Then let come what come may,
What matter if I go mad,
I shall have had my day.

***

La porte de l'armoire s'ouvrit.
En sortit d'un bond une longue fille aux cheveux noirs ébouriffés.
Maud tenait un pot en plastique, contenant une sorte de matière brune filandreuse.

- Je te rapporte Tennyson. Il n'a pas trop supporté le bouillon de poulet.
- Maud ! Mais Comment as-tu fait pour me retrouver ?
- Bah, j'ai interrogé Tennyson avant qu'il crève, et il m'a tout raconté.
- Quoi ?
- Mais non, idiot, comme tu ne revenais pas, je suis entrée dans ta chambre et j'ai trouvé le carnet où tu racontais ton histoire, et la formule que tu as prononcée. J'ai trouvé ça dingue, et j'ai voulu essayer pour rigoler.
Cette fille avait vraiment un cran étonnant.
- Maud, je suis tellement ...

La porte d'entrée s'ouvrit dans un fracas, cédant la place à Snorri entouré d'une dizaine d'hommes en uniformes.

- Bien, je vois que l'équipe est au complet ! Suivez moi, vous partez immédiatement.
- On part où ?
- Pour l'Etoile Puante, bien sûr. Votre vaisseau est prêt. Vous pouvez être fiers : vous allez sauver le monde !

A suivre ...

Le désert des Tartares (Dino Buzzati)

Eh bien, ça fait un bail que je n'avais pas ressenti un tel choc à la lecture d'un roman.

Tellement longtemps (il faudrait peut-être que je remonte à la lecture de Kafka, vers quatorze ans !) que je ne pensais pas que ça pouvait encore m'arriver ! Je croyais qu'on ne me la faisait plus, que j'étais blasé, que je pouvais certes encore admirer un style, me passionner pour une histoire, m'émouvoir du sort des personnages, mais pas qu'une histoire toute simple puisse me retourner au point de m'empêcher de dormir et de susciter en moi des interrogations sans fin.

Si le nom de Kafka m'est venu à l'esprit au moment de rédiger ce commentaire, ce n'est sans doute pas par hasard. Le Fort Bastiani (la garnison où Giovanni Drogo, fraîchement promu officier se fait affecter, qui garde la frontière du Nord, bordant le mystérieux Désert des Tartares) pourrait se voir comme une sorte de Château à l'envers, puisqu'il s'agit ici non pas d'accéder au château, mais de quitter le fort.

Ce livre n'a pas la lourdeur d'un roman symbolique. Il parle très simplement de la situation, de la vie du héros et de la succession de défaites et de résignations qui la constitue.
Il parle de l'inertie de l'habitude, des jours qui s'écoulent pareils pendant que le temps fuit, de portes qui se ferment, du mouvement d'éloignement, de la solitude.

En fait, je n'arrive pas à en parler. Cela peut sembler très sombre, mais cela peut se lire comme une sorte d'avertissement aussi. Quel est mon Fort Bastiani à moi, mon Désert des Tartares?

Un livre que j'ai peur de relire dans dix ans, pour constater que j'aurai suivi le même inéluctable chemin que Drogo.

Et pourtant, un reste d'enchantement errait le long des murailles des jaunes redoutes, un mystère persistait obstinément là-haut, dans les recoins des fossés, à l'ombre des casemates, l'inexprimable sentiment de choses à venir.

L'étoile puante -2

(2) Vomitor The Mighty

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où
(C.Baudelaire)



Ces vibrations s'arrêtèrent après quelques secondes, mais je restai un long moment immobile, sans trop savoir pourquoi je n'osais pas bouger. Finalement, me rendant compte du ridicule de la situation, je poussai timidement la porte de la garde robe.


Un spectacle incroyable s'offrait à moi. L'armoire se trouvait posée au milieu d'une vaste plaine de cailloux rougeâtres. La lumière ambiante avait aussi cette teinte rouge. Des montagnes impressionnantes se dressaient au loin à une altitude vertigineuse. Mais surtout, l'air (si on peut parler d'air) était irrespirable, mortel. Le peu que j'arrivais à absorber me brûlait la gorge et les yeux. La sensation de froid était terrible, je n'avais jamais rien connu de tel. J'eus à peine le temps de tirer la porte sur moi en pensant "je veux rentrer à la maison" et je perdis connaissance.


Lorsque je repris mes esprits -je ne saurais dire après combien de temps, l'armoire était de nouveau à sa place. Mais les sensations que je venais de vivre continuaient de tourbillonner dans mon esprit, et pour l'amateur de SF que je suis, elles avaient un nom : Mars.


Vous pouvez imaginer ce que cette expérience provoqua en moi. Je me croyais fou. Dans les jours qui suivirent, j'avais constamment peur qu'une crise d'hallucinations se déclenche. En même temps, j'étais hanté par ces visions et je n'arrêtais pas d'y penser. J'aurais voulu en parler à quelqu'un, mais je n'avais pas d'ami assez proche. D'ailleurs, qui m'aurait pris au sérieux?


Plus les jours passaient, et plus je me disais qu'il n'y avait qu'un moyen pour me libérer de cette obsession. Je devais retenter l'expérience. Soit il ne se passerait rien, et je pourrais alors me convaincre que j'avais été victime d'un coup de folie passager, soit ... j'avais réellement mis le pied sur Mars. Quand je pense aux milliards que la NASA a dépensés pour son programme d'exploration spatiale, alors que sans le savoir, IKEA dispose peut-être d'une gigantesque flotte interplanétaire en kit à la portée de n'importe quelle bourse !


Je sais que c'est fou, mais dans les jours qui suivirent, j'aménageai soigneusement ma garde robe. Je retirai quelques étagères et objets inutiles. J'y plaçai un oreiller, une couverture, des vêtements chauds, des vivres, une lampe torche et quelques bouquins.


Le jour fatidique, je me concoctai mon repas habituel : pizza et whisky. Je dois bien admettre que je forçai un peu sur le whisky pour me donner du courage. J'étais prêt. Mais pas décidé.


Je crois que j'avais désespérément besoin de parler à quelqu'un. J'avais une fougère en pot, depuis qu'un jour, je m'étais fait la réflexion que c'était sans doute le compagnon idéal d'un vrai poète maudit, misanthrope malgré lui. J'étais allé la chercher moi-même, en autobus dans la forêt. Durant le trajet de retour, les gens me regardaient bizarrement, avec mes tennis pleines de boue, mes ongles noirs, serrant précautionneusement ma fougère grossièrement emballé dans un sac en plastique de grande surface, et la regardant amoureusement. Mais bon, c'est la vie, notre lune de miel fut de courte durée. J'en étais vite venu à haïr son impassibilité. A un certain moment, j'avais essayé de l'empoisonner en lui donnant du whisky, mais ça ne servit qu'à activer sa croissance. Depuis, nous vivions comme un vieux couple chez qui l'habitude a remplacé la passion.


Je pris ma fougère, sortis dans le couloir et frappai à la porte d'en face. C'était la chambre de Maud. Une fille qui s'habillait bizarrement, écoutait de la musique bizarre, recevait des amis bizarres. Bref, une fille, comment dire -bizarre, mais je lui trouvais malgré tout un charme indéniable. Je n'étais jamais entré chez elle, mais j'avais aperçu sa chambre au hasard d'une porte ouverte. Son intérieur était aussi spartiate que le mien : lit, garde robe, et table.

- Bonsoir Maud.
- Tu t'goures, les poubelles, c'est pas ici.
- Euh, non, c'est Tennyson
(je venais de trouver le nom à l'instant ; j'avais envie de faire un peu bizarre moi aussi). Je vais certainement devoir m'absenter, je ne sais pas combien de temps exactement. Je voulais te demander si tu pourrais prendre soin de lui pendant mon absence. Il est plutôt tranquille et ne mange pas beaucoup.
- Oh, il est mignon. C'est une plante carnivore ?
- Euh, oui, plus ou moins.
- J'y connais rien en plantes, moi, j'saurais pas comment m'en occuper.
- T'inquiète pas, tu lui donnes un peu de bouillon de poulet en cubes dilué dans de l'eau et il se portera très bien. Si tu lui parles un peu, c'est encore mieux.
- Mais t'es sûr que c'est pas dangereux, cette bestiole?
- Mais non, t'en fais pas, il t'aime déjà, sinon, il se serait manifesté.
- Ok, c'est bon, je vais le soigner ton Tennichon.
- Tennyson. Euh, Maud, j'ai jamais eu l'occasion de te le dire, mais c'est chouette de t'avoir pour voisine.
- T'as l'air cool aussi.
- Alors à bientôt.



Je rentrai chez moi. Je m'installai directement dans la garde robe, fermai la porte, et prononçai comme une formule magique, la phrase que j'avais notée sur mon calepin en mangeant : "conduis-moi sur une planète habitée où les gens sont accueillants et où l'alcool est bon marché". Héhé, j'avais réfléchi, je ne tenais pas trop à répéter mon expérience martienne.


Comme la première fois, l'armoire se mit à vibrer. Mais au lieu de s'arrêter après quelques secondes, les vibrations s'installèrent dans un rythme régulier, un peu comme le roulis d'un train. Le "voyage" me parut interminable.


Lorsque les vibrations cessèrent enfin, je n'y tenais plus, il fallait que je sorte. J'ouvris la porte d'un seul coup. J'étais au centre d'un bâtiment immense, une sorte d'énorme cathédrale. Elle était remplie d'une foule de gens à l'aspect humain, mais au teint légèrement verdâtre. Tous me regardaient en silence.

Un vieillard se détacha de la foule et s'avança solennellement vers moi. Malgré son âge, il se tenait très droit, et semblait costaud. Son crâne chauve, sa longue barbe jaune, sa peau ridée de profonds sillons et ses yeux bleus brillants lui donnaient un air terrible. A ma grande surprise, il s'adressa à moi en anglais.


- Welcome on Beta-Vulgaris, boy ! May your breath be fresh, your teeth be dry, and the tip of your shoes be clean. That's the customary salutation on this planet. I'm Vomitor the Mighty. Well, that's what they call me, but my true name is Snorri Sturluson. You may call me Snorri, Vom, or Turlu, as you prefer. And yourself young boy, who might you be ?

I was slowly recovering my spirits.
- Er, I'm Edgar Nement, you may call me Ed. How is it you speak english ?


- Why, boy, isn't it obvious? I'm like you, I'm from Earth.


He then addressed briefly the crowd in a very strange language.
- Tot al copete, sol bane do cir
Lune et solea s' dinèt radjoû.
Dizo l' ombion di leus manires
I fwait peneus come on djoû d' doû

The crowd instantly exploded with acclamations and cheers of joy that lasted for several minutes.

- Why do they call you Vomitor ?

- I will show you at once.

He took a deep breath, and threw up a powerful squirt that landed several meters away.

- Look at my shoes, boy : not a stain ! Vomitor the Mighty is the exact name.

The crowd once again cheered with joy. Then, everybody started puking everywhere, until they were all trampling in the vomit.


Then Snorri took me by the shoulder, saying :
- Come, my boy, the show can end here, we go home.
And we left the cathedral, while Snorri waved and smiled to everybody.


- Tell me Snorri, how did you get here ?

- Same way as you, I suppose. I was fishing in my small boat, but had not taken a single shrimp for hours. I lost my temper and said aloud "Bring me on some planet where the fish bites", and I was here with my boat. I can tell you the fish here nearly jump by themselves in your boat, eager to be eaten, and they are excellent. I already was fairly famous on earth, but once they saw me disappear like that, I became a true legend there. They even wrote poems about me :

And the barge with oar and sail
Moved from the brink, like some full-breasted swan
That, fluting a wild carol ere her death,
Ruffles her pure cold plume, and takes the flood
With swarthy webs.


- But these lines are from Tennyson !

- Ah, you know him. He was not bad, was he ?

- But he died ages ago !

- Did you ever hear about Einstein, my young friend? When you travel at lightspeed, the time passes much slower for you. And I traveled a lot. I'm sorry to tell you, but all the people you knew on earth are dead by now.

I knew not so many people on earth, but I could not help thinking of Maud. What had she thought when I never showed up to take back my plant ?

- Why did they cheer in the big building, what did you tell them ?

- I told them you were the One they have been waiting for. You see, one day, many years ago, a red and blue ring appeared in the sky, around a star we have nicknamed the Stinking Star. The size of this ring was always increasing as it was getting nearer to us. When the external red border of the ring hit us, the air became different, people started to feel sick and vomited now and again. We never could cure this disease. It is said that when the blue ring will reach us, the air will stink abominably, the sickness will worsen, and the people will start dying. But the legend goes that one day, a hero will come in a strange vessel and will save us from this terrible fate. I just told them you were this hero.

- Why the hell did you do that ?

- They were starting to feel depressed, and that's not good. Look how you gave them back some courage.


By the time he had finished his story, he had lead me to an isolated small house.

- For your safety, I advise you to stay in your room at night. Politically, some may have interest to see you fail.

- But fail what ?

- Easy enough, boy. You go and destroy that stinking star. I'm only so sorry you won't see the puke festival in summer. It's all so merry.



On that, he turned and went away, closing the door behind him. He was singing a little nursery rhyme that went like this :

Puke, puke, little star,
But do not puke in our bar.
Fart, fart, big blue sun,
But do not fart on our buns.
We are in shit deep,
And the children go to sleep.

Je me retrouvai seul. Je sentais comme une légère envie de vomir ; les symptômes de l'étoile puante commençaient probablement à se manifester chez moi. Ce Snorri me laissait une impression bizarre, malgré ses airs de grand-père protecteur, il me manipulait d'autant plus aisément que mon arrivée brutale m'avait déstabilisé. Et comment expliquer le fait que je semblais avoir été attendu ? Je repensais à mon armoire. J'aurais du demander qu'on la conduise auprès de moi. J'aurais pu l'utiliser pour filer en douce. J'essayai d'ouvrir la porte donnant sur l'extérieur, mais elle était verrouillée. Devais-je me considérer comme prisonnier ? Je commençais à tourner en rond. J'essayais de réfléchir, mais n'y parvenais pas. Ce que j'avais vécu en quelques heures dépassait de loin ce que mon cerveau pouvait emmagasiner.


Tout à coup, il y eut comme un frissonnement dans l'air, suivi d'un bruit sourd. Une garde robe venait de se matérialiser devant mes yeux. Ce n'était pas la mienne. Mais à bien y regarder, cette garde robe, je la reconnaissais.


A suivre ...

Pedro Paramo (Juan Rulfo)

Approchez approchez, Mesdames et Messieurs !

Cent quarante cinq petites pages! C'est tout ce qu'il en coûtera aux plus téméraires d'entre vous pour sonder la noirceur de l'âme humaine.

Ici, pas de suspens, pas de tueurs psychopathes en série, pas de flots d'hémoglobine ou d'effets hollywoodiens.

Ici, vous regarderez la mort en face, dans son effroyable et inéluctable banalité.
Ici, pas de méchant terrifiant, mais vous verrez le Mal tel qu'il ronge chaque homme et chaque femme. Des hommes et des femmes qui croient au Bien, mais se résignent au Mal parce que c'est leur destin.

Vous verrez ... un vrai village fantôme, où les morts sont aussi présents que les vivants et ont autant de secrets à révéler ; pour autant qu'il reste des vivants, ce qui n'est pas sûr ...

Vous rencontrerez ... Pedro Paramo ... où son fantôme.

***

Quel Livre !
Je n'en dis pas plus, le reste, il vous faudra le découvrir par vous-mêmes ...
... si vous osez !


"J'étais restée tant d'années sans lever la tête que j'avais oublié le ciel. Et si j'avais cherché à le voir, qu'y aurais-je gagné ? Le ciel est si haut, mes yeux si résignés que je me contentais de savoir où était la terre."

L'étoile puante -1

The Saga of the Stinking Star

Epoch I, Volume 1, Book1, Chapter 1

All they will find is my beer and my shirt (T. Waits)

L'étoile de la mort qui pue



Poets have always had some business with stars. Science fiction writers have obviously been very busy with stars too. But no poet has ever been renowned for his interest in SF, and likewise, no SF writer ever had the slightest inclination for verses. The only notable exception to that rule was the universally acclaimed Edgar Nement.

Tout le monde sait que la poésie et la science fiction sont deux genres littéraires excessivement chiants. C'est dire si l'oeuvre d'Edgar Nement est justement réputée pour être une des plus ennuyeuses qui soit. D'abord par son incroyable longueur, et par son manque total d'intérêt, en effet tous les personnages sont terriblement fades, à commencer par Ed lui-même, et l'action, pour autant qu'on puisse parler d'action, se déroule plus lentement que la révolution d'alpha-Gargouilly autour de son étoile mère. Mais surtout, cette tentative absurde de concilier poésie et SF fut écrite dans sa version originale entièrement en vers vulgariens, une langue quasiment morte à la grammaire extrêmement confuse. Ce qui fait qu'en termes d'ennui, on peut dire que l'oeuvre de Nement dépasse même celles d'Austen ou de Proust.

Ed was rightly famous on two accounts. First, he was the man who discovered the way to travel faster than light, making a reality of the old human dream to "boldly go where no man has gone before". But also, he gathered the sum of his travels and wild adventures through the vast universe into a barely less vast work in unique verse known as the Stinking Star Saga, the style of which is said to equal if not surpass the one of masters such as Austen or Proust.

En gros, ce gars prétend avoir découvert le moyen de voyager plus vite que la lumière. Moi, je me demande s'il n'a pas tout simplement découvert une nouvelle variété de pavot particulièrement active.

Today, I dare say I have reached an honorable level of fluency in vulgarian, the language in which Ed originally composed his huge epic poem, and I feel confident enough to attempt a translation and edition of this awesome work, for the greatest benefit of humanity and the few other races which have a better command of earthly languages than of vulgarian. The original translation was made into English, for its many grammatical similarities with vulgarian. An attempt of French translation is also proposed for those of you who value garlic more than epic.

Ma connaissance du vulgarien (sans parler de l'anglais) est plus qu'approximative. Donc, c'est une adaptation française très libre que vous trouverez ici, mais de toutes façons, tout le monde s'en fiche, car elle ne saurait être pire que l'originale. Et à vrai dire, tant que les éditions Bourgois me payent pour ce travail, moi je m'en bats l'oeil aussi.

I may not live old enough to see the end of this task, but I hope that if such is the case, others will come behind me to whom I may pass on the torch. Or if the flame of the torch dies out, they will light it anew, for example if I drop it in a puddle, or if there is too much wind or rain for this poor flickering flame, or if the wax just burns out. Maybe it would be a good idea if someone would care to follow me with a pot of wax, and maybe some refreshments.

But I'm straying. Let's now listen to Ed' story.

Mais peuvent-ils vraiment fabriquer des torches qui brûlent même sous la pluie? Enfin, j'ai finalement décidé d'utiliser une lampe de poche électrique, c'est quand-même bien plus pratique.

Allez, zou. Au boulot.

Zaphod, editor

***

Nous avons vu des astres
Et des flots; nous avons vu des sables aussi;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
(C. Baudelaire)

Universe is just a heap of boring shit
Those who have not seen my home
Have not seen the worst of it.
(Translation: Zaphod)

***

Don't ever call me Ishmael again.

Call me Whatever if you like, for it was my second name.

Indeed, when my father, briefly lifting his eyes from the newspaper,

Asked my mother how she would like to call me,

The bored woman just said "Oh, whatever".

"That's not bad" replied my father, going back to his reading.

And so was my full name eventually settled to

Edgar Whatever Nement.

Now if you want to please me, just call me Ed.

But never Ishmael.

J'ai horreur qu'on me confonde avec cet abruti d'Ismaël. Nous n'avons rien en commun. D'abord, j'ai voyagé bien plus loin que lui ; ensuite, moi j'ai vraiment vu le ventre de la baleine de l'intérieur, et j'y ai respiré les gaz mortels issus de la digestion du plancton. Et encore, quand je parle de baleine, c'était en réalité un monstre bien pire, c'était ... l'Etoile Puante !


I have always lived with the dim feeling
That my parents had no real desire for a child,
And also that I was a perpetual disappointment to them.
Head-accountant at Peevish, Selfish & Gibberish inc. ,
My father had once expressed the wish
That I would follow the same line of career as him.
I tried to please him and did my best to concentrate on long and boring studies.
I conceived from that time a lasting disgust for numbers.

[NDLR : vous trouvez peut-être que ces vers sont particulièrement libres, non ? Mais je vous rappelle que ce texte est une traduction assez littérale du vulgarien et que les formes poétiques vulgariennes classiques peuvent facilement déconcerter un esprit non averti. Quant aux esprits avertis, ils n'y prêtent plus aucune attention. Enfin, à l'occasion, j'essayerai d'y mettre plus de rimes.]


My parents barely talked to me, and I acquired from my childhood, some strange quality of transparency.
I had neither a close friend, nor a close enemy.
I was never invited to birthday parties,
Never selected in a sports team.
On several occasions, I was left behind on school outings,
And brought back home late at night by the police.
But once, even the police officer forgot me,
And I spent the night locked in an empty police station.
During those sorry years, my only true companions were books.
I read tons of SF for the seek of escape, and spent nights writing poems.
I sent a lot of poems to editors, but they were at best turned down with a scowling letter,
And more often, simply forgotten in some drawer.

Passons sur mon enfance heureuse, mes brillantes études, et mes succès littéraires, car j'ai envie de m'étendre un peu sur mes succès féminins ; c'est bien normal non ?


At thirty-something, I still was nowhere in life.
I lived in a small cheap room on a fourth floor,
Furnished only with a desk, a hard bed, and a wardrobe of respectable size.
I still wrote poetry.
I felt desperately alone.
I fed mainly on cold pizzas and cheap whisky. A lot of whisky.
Then one night, happened the strange event that was going to change my life.
I was lying on my bed, reading some SF after the evening meal.
I was nearly naked for the summer heat made my small room under the roof hot as an oven.
Having absorbed more bad pizza and whisky than usual,
The nature used one of its embedded safety mechanisms,
And I let out an astounding fart.
It was truly the mother of all farts. And the smell of it !
I thought I could not breath anymore.
I could not stay in the room, and I could not leave it, naked as I was.
I did something completely mad.
I ran into the wardrobe, closed the door behind me, and said aloud
"Please bring me quick to the next planet".



Une de mes maîtresses avait la double nationalité irlandaise et italienne. Chaque fois que je la retrouvais chez elle, le menu était invariablement le même : pizza et whisky. J'avais fini par m'y habituer et même y trouver quelque plaisir, d'autant que ce repas rapide nous laissait plus de loisir pour la suite des festivités.
Un soir, alors que nous étions en pleine action dans la chambre à coucher, nous entendîmes des pas lourds et pressés dans l'escalier.
Sans devoir nous consulter, nous adoptâmes chacun le réflexe approprié. Elle remonta les couvertures et posa sur elle un livre ouvert, comme si elle s'était endormie en lisant. Pour ma part, je bondis dans la garde robe et fermai la porte derrière moi.
Je n'étais quand-même pas très rassuré, n'ayant pas trop envie de me retrouver nu face à un mari athlétique et énervé, et c'est peut-être un soupçon de panique qui me fit prononcer la phrase stupide "Conduis-moi vite sur la planète la plus proche".


And then something happened.

The wardrobe started first to tremble, then to shake me as if I was an olive in a martini dry.


Et puis, quelque chose d'étrange se passa, la garde robe se mit à trembler au même rythme que mes genoux.


[NDLR Chers lecteurs, je ne sais si vous avez remarqué, mais il est en train d'essayer de nous faire gober qu'il va utiliser une garde robe comme véhicule et du whisky bon marché comme carburant.]

To be continued ...

Zut! Va falloir que je continue cette foutue histoire, maintenant que je l'ai commencée ...

suite ...