10 novembre 2008

Bone Machine (Tom Waits)

Fallait bien que je m'attaque un jour au plus grand album de musique populaire de tous les temps (et dans "tous les temps", j'inclus aussi le futur, carrément ! ).
Je ne sais pas ce qui m'a retenu de le faire jusqu'ici. Que j'aie été intimidé par "Le voyage au bout de la nuit", par exemple, ça peut se comprendre, mais ici, il ne s'agit que de pop, vaste catégorie musicale fourre-tout qui pour moi englobe rock, folk, chanson, blues, soul, rap, bref toute la musique qui ne demande pas douze années d'études, celle qui fondamentalement est jouée par le peuple pour le peuple, et dans laquelle peut se lancer n'importe quel ado qui a reçu une guitare pour Noël et pense que c'est l'instrument idéal pour réinventer le monde.

Car c'est bien connu que n'importe quel ado sain d'esprit veut réinventer le monde, et la musique n'est pas en soi un moyen moins efficace qu'un autre. Après, on pourrait penser que c'est un raisonnement parfaitement logique de se dire "on va déjà commencer par changer la musique, et pour le monde, on verra après". Se fixer des priorités, quoi. N'est-ce pas la honte suprême pour un ado d'écouter la même musique que ses parents ? Ne faut-il pas trouver toujours plus fort, toujours plus violent, plus sombre, plus contestataire ?

Sauf que c'est plus possible, parce qu'aujourd'hui, on trouve des ados dont les grands parents étaient à Woodstock, et qu'aujourd'hui, pauvres ados, vous ne pouvez pas faire pire que vos parents, sauf à tomber dans la caricature risible ou dans la délinquance grave (et encore, c'est même pas une garantie).
Si le rock doit vivre de ce besoin constant d'aller plus loin, en ce sens, il est mort, et ce n'est pas grave. Ne cherchez plus du nouveau en rock, il n'y en aura plus. Ne cherchez pas plus rageur, plus saturé, plus dissonant, plus osé, c'est peine perdue. Il n'y aura plus de nouveauté ; il n'y aura plus que des modes, et quelques indémodables.

Le rock est mort et "Bone machine" en est la marche funèbre. Non que ce soit un album charnière ou plus important qu'un autre.
C'est simplement pour moi LE disque qui plonge au plus profond de ce que peut exprimer la musique populaire. Plus que la violence, souvent associée au rock, c'est ici le désespoir fondamental de la condition humaine qui est exprimé (pas moins). La souffrance, plus que la rage. Et c'est bien plus fort, parce que la rage est encore combattive, mais il faut aller jusqu'au désespoir et à son acceptation lucide pour toucher vraiment le fond de l'âme humaine.

Tout en revendiquant et assumant la simplicité de la musique pop, Tom Waits l'amène à un niveau inégalé de ... je dirais "pureté".
Savez-vous combien de notes différentes il faut pour jouer un blues ? Une seule suffit. Si vous écoutez ce morceau "Jesus Gonna Be Here" où la guitare égrène une seule note du début à la fin, vous avez la quintessence du blues, un des blues les plus purs et les plus forts qu'on puisse entendre. C'est cette simplicité assumée qui permet d'être en prise directe avec le sentiment, sans faux artifice, sans décorum. C'est la musique populaire vraiment décomplexée, qui se débarrasse de tous ses oripeaux inutiles pour toucher vraiment à l'essentiel.

Ça chante dans la Zaphmobile, mais ça ne rigole pas !


Discover Tom Waits!


Dirt in the Ground

What does it matter, a dream of love
Or a dream of lies
We're all gonna be in the same place
When we die
Your spirit don't leave knowing
Your face or your name
ANd the wind through your bones
Is all that remains
And we're all gonna be
We're all gonna be
Just dirt in the ground

The quill from a buzzard
The blood writes the word
I want to know am I the sky
Or a bird
'Cause hell is boiling over
And heaven is full
We're chained to the world
And we all gotta pull
And we're all gonna be
Just dirt in the ground

Now the killer was smiling
With nerves made of stone
He climbed the stairs
And the gallows groaned
And the people's hearts were pounding
They were throbbing, they were red
As he swung out ofver the crowd
I heard the hangman said
We're all gonna be
Just dirt in the ground

Now Cain slew Abel
He killed him with a stone
The sky cracked open
And the thunder groaned
Along a river of flesh
Can these dry bones live?
Ask a king or a beggar
And the answer they'll give
Is we're all gonna be
Yea yeah
We're all gonna be just
Dirt in the ground

2 comments:

sandrine a dit…

Je l'ai découvert totalement par hasard, dans une médiathèque et là, passé le premier choc de la voix explosée (rire nerveux, marge Simpson qui chante), je suis tombée sous le charme de cet album. Du coup j'ose pas en écouter un autre de lui de peur que le charme se rompe...

Zaph a dit…

Ecoute, jette une oreille sur le fantastique "Alice", pour ne donner qu'un exemple, et reviens me dire si le charme est rompu, d'accord ? ;-)

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