Dans la Zaphmobile, j'écoute l'album "Meditations", de John Coltrane.
Et je me demande : jusqu'où peut-on aller avec la musique ?
Souvent, qui dit "méditation" pense calme, repos de l'esprit. Et pourquoi méditer si ce n'est pour échapper à la souffrance. Mais qui peut sérieusement croire qu'une séance de méditation ait jamais aidé qui que ce soit à vaincre la souffrance?
C'est pourtant ce que va tenter Coltrane dans deux morceaux inouïs de vingt minutes chacun.
Mais la méditation selon Coltrane, c'est une lutte. L'être humain naît dans la souffrance et va devoir se la coltiner plus ou moins toute sa vie.
Le cri d'un bébé qui vient de naître, c'est justement ce que j'entends surgir du saxophone dans le premier morceau.
Au milieu d'un magma de sons qui représente la matière, généré par une formidable section rythmique, la vie arrive à s'arracher péniblement.
J'ai l'impression que Coltrane signe un peu la mort du Jazz avec cette oeuvre, comme d'autres ont décrété la mort de Dieu. Ce fameux rythme syncopé est totalement déconstruit (whou ! les grands mots ;-). Chaque instrument, son, rythme, prend son indépendance, et il reste la liberté totale, affranchie de tout ... sauf de la souffrance.
Il n'y a pas de longues phrases sinueuses comme Coltrane sait si bien les faire. Il y a des séquences simples de quelques notes montantes qui s'arrachent en multiples variations. Quelques notes comme un mantra toujours répété.
Elles montent vers quoi , ces notes? La fin du jazz est peut-être une mise au monde, mais de quoi ?
Après vingt minutes de combat, la fin du morceau atteint enfin une sorte d'apaisement.
La "méditation" a vaincu la souffrance. Mais nous sommes en musique, et en musique, tout est possible.
Purée. Heureusement que Coltrane est mort. Il ne lira jamais ceci et ne pourra pas se foutre de ma gueule.
Vous pouvez me dire merci : je vous ai mis le morceau le moins déjanté du disque ;-)
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