27 mars 2009

Line for Lyons (Stan Getz & Chet Baker)

C'est un copain de fac qui m'a fait découvrir en même temps les Havanes, Stan Getz et la Guinness.
C'est dire que je lui dois beaucoup.

A part ça, nous n'avions pas spécialement d'affinités, mais les trois ingrédients sus-mentionnés suffisent amplement à créer des liens.
Disons que ses parents étaient (de loin) plus fortunés que les miens, mais qu'il ne souffrait pas de cette avarice crapuleuse qui va souvent de pair avec la bourgeoisie friquée.
Alors, moi, quand on me proposait de la bière à l'oeil, j'avais tôt fait de sauter les barrières sociales (j'étais encore sportif à l'époque).

Il m'invitait dans sa chambre et m'offrait bière et bons cigares à volonté. Il fermait la porte, parce que selon lui, "un bon cigare demande une atmosphère confinée". Ca m'inquiétait un peu, mais je m'estimais de taille à me défendre si jamais les choses prenaient un cours scabreux. Mais mes craintes étaient injustifiées, je crois tout simplement que le gars avait un bon fond et préférait partager les bonnes choses qu'en profiter tout seul.

Comme on n'avait pas grand chose à se dire, il mettait de la musique, et c'était souvent les albums rouge, vert, ou bleu de Stan Getz, les fabuleux albums de bossa nova.

On avait bien sûr une préférence pour les morceaux où Stan accompagne le chant d'Astrud Gilberto, et où la voix terriblement sensuelle de la brésilienne se laisse caresser par le sax ténor suave du maître. Car oui, cette musique est la plus sensuelle qui soit.
Tandis que la petite pièce se remplissait de fumée et que nous éclusions méthodiquement la Guinness, nous écoutions en silence, perdus dans les rêveries amoureuses qu'évoquait en nous la belle chanteuse (eh oui, je suis sur que mon pote aussi était amoureux de Gilberto).

Quant à Stan Getz, je trouve qu'il n'est jamais aussi bon que dans ses collaborations avec des artistes qui ne lui ressemblent pas. En effet, quand il joue accompagné d'une seule section rythmique, sa maîtrise absolue peut faire passer sa prestation pour un peu froide et hautaine.
Par contre, quand il est face à un partenaire capable de se hisser à son niveau, sa musique s'humanise totalement pour atteindre des sommets d'émotion.

Pour moi, son plus grand disque est "Line for Lyons", celui de la rencontre avec un autre génie du jazz: Chet Baker.
Ce sont deux personnalités complètement opposées, pourtant, l'alchimie fonctionne totalement entre la maîtrise et l'abandon total du sax ténor, et l'émotion toute en finesse et en retenue de la trompette. On sent réellement la complicité et le plaisir que ces deux-là ont à jouer ensemble, et l'euphorie est communicative.

On a droit aussi à des morceaux en partie chantés par Chet, avec sa voix si particulière, et cela nous vaut deux morceaux d'anthologie, deux sommets du jazz que sont ces versions de "Just friends" et "My funny Valentine".

http://www.deezer.com/track/1141551

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