29 avril 2009

Le propre du Zaphreux

Le problème, avec Cap, s'est qu'il s'est pris d'une haine terrible pour les Zhumains.
Fast aussi. Enfin, chez Fast, c'est plutôt une haine de principe. C'est que, depuis que Cap lui a dit qu'il pouvait s'occuper des compétitions sportives, Fast lui voue une gratitude et une vénération sans bornes. Je crois qu'en fait, Fast mourait de trouille de devoir s'occuper d'un truc compliqué comme l'ordinatoire ou la bibliotheuque. Donc, par principe, Fast est toujours d'accord avec Cap.
Moi, par contre, je ne les hais pas, les Zhumains. Après tout, c'est pas de leur faute si les livres parlent d'eux et pas de nous. A vrai dire, j'ai plutôt de la sympathie pour eux. J'ai tellement vécu en leur compagnie grâce aux livres que j'ai l'impression de bien les connaître. Et en fait, je trouve qu'ils sont un peu comme nous. Bon, bien sûr, ils sont différents physiquement, mais sur un plan moral, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, nous partageons un nombre considérable de vertus.

Alors, ça me fait de la peine de voir un tel ressentiment chez Cap, et pour tout dire, ça me fait un peu peur.
Je suis allé lui parler. Je lui ai dit :

"- Cap, je pense que les Zhumains et nous, on est un peu pareils. Tu ne devrais pas les haïr comme ça. Haïr les Zhumains, c'est te haïr toi même !"

J'étais assez content de mon discours. Bref, mais efficace, frappant droit au but tout en résumant parfaitement ma pensée. Malheureusement, il n'a pas eu l'effet escompté chez Cap, qui s'est contenté d'ouvrir le bec et de me regarder avec des yeux en soucoupes, comme si j'avais dit un truc complètement invraisemblable, dans le genre, je ne sais pas, moi, par exemple "la Chine va abolir la peine de mort" (expression dont j'ignore complètement le sens, mais dont la sonorité me plait).

J'ai essayé une autre approche. Je lui ai dit :

"- Essaie de trouver une seule différence vraiment importante entre les Zhumains et nous. Je ne parle pas d'une différence superficielle comme la couleur des plumes ou un truc du genre, mais d'une vraie différence en profondeur, comme qui dirait une incompatibilité fondamentale."

Là, j'avais marqué un point, parce qu'il a refermé le bec et s'est mis à réfléchir jusqu'à ce qu'il ait mal aux oreilles.
Si bien qu'il a trouvé une réponse.

"- J'ai trouvé une réponse ! La chose qui nous différencie vraiment des Zhumains, le propre du Zaphreux, pour ainsi dire, c'est... les ailes !

- Les ailes ?

- Oui, les ailes ! Les Zhumains sont pourvus de ces horribles doigts crochus qu'ils peuvent en plus serrer en poing pour se battre, tandis que nous avons ces magnifiques ailes toutes en courbures harmonieuses.

- C'est vrai, mais les mains peuvent aussi servir à écrire ou à se curer les oreilles. Mais les ailes, elles nous servent à quoi ? "

Là, j'ai encore marqué un point, parce qu'il a refermé le bec et s'est de nouveau mis à réfléchir jusqu'à ce qu'il ait mal aux oreilles.
Si bien qu'il a trouvé une réponse.

"- J'ai trouvé une réponse ! La chose à laquelle nous servent les ailes, c'est bien sûr à... léviter !"

Alors, Cap a décidé de nous faire une démonstration et a convoqué une assemblée générale. Pour une fois, tout le monde était au mezan, parce que tout le monde avait envie de voir léviter Cap (c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de se marrer sur le Caillou).

Cap s'est mis à battre furieusement des ailes. Il avait l'air ridicule, mais il faut bien admettre qu'il a pris un peu d'altitude. Oh, pas grand chose, quelques centièmes d'unité de longueur, tout au plus. Pas de quoi se tricoter un pull pour l'hiver, mais Cap lui, était satisfait, radieux, même, comme s'il avait découvert un grand secret de l'univers.

Alors, il s'est adressé à nous d'un air solennel :
" -Quand les Zhumains parlent des anges qu'ils vénèrent, ces créatures ailées et gracieuses capables de voler, eh bien, en fait, sans le savoir, ils parlent des Zaphreux."

Cap est ensuite allé cherché son livre et a écrit sur une nouvelle page :

"Troisième grande vérité : Nous sommes des... euh... des sortes d'anges, quoi !"

Moi je pensais qu'il avait décidément besoin de passer au garage pour une bonne petite révision.

25 avril 2009

Ourania (JMG Le Clézio)

Et vous, vous êtes plus "Ourania" ou "Onitsha" ?

Meuh non, je ne parle pas de destinations de vacances exotiques !
Quoique, pour ce qui est de l'exotisme, Le Clézio a le don de dénicher les coins les plus improbables. Bien sûr, il ne s'agit pas d'endroits paradisiaques où on rêverait de couler des vacances tranquilles, mais justement, l'âme véritable d'un pays se trouve souvent en dehors des chemins battus.
L'âme d'un pays, c'est d'ailleurs quelque chose qui se mérite, qui s'apprivoise au prix de mille efforts et de risques, et qui, oui, en partie... s'invente.

"J'ai inventé un pays", c'est le titre du premier chapitre d'Ourania, et l'auteur annonce donc directement la couleur. C'est dans un Mexique onirique, en partie utopique, mais aussi terriblement désespérant que va nous emmener Daniel Sillitoe, géographe français en voyage d'études. C'est un monde que se partagent différentes communautés qui se croisent tout en restant étrangement isolées les unes des autres ; il y a la communauté utopique post-hippie nécessairement vouée à l'échec, la fondation scientifique où les chercheurs se partagent entres idéaux élevés et minables querelles académiques, les notables de la vallée, enrichis par le commerce des fruits et légumes, les pauvres exclus de la société, utilisés ou exploités sexuellement dans la "zone rouge", les révolutionnaires sur le retour... et on a l'impression que c'est Daniel qui sert de lien entre tous ces pôles, au point qu'on a l'impression, au moment où il doit poursuivre son voyage, que tout va s'effondrer derrière lui.

Pour répondre à la question de départ, moi, je suis plus Ourania, car j'ai été vraiment emporté par ce livre (alors que j'étais resté un peu "en dehors" de l'autre).
Pourtant, il présente quelques imperfections de construction, comme par exemple quand l'auteur se voit obligé d'alterner entre récit à la première et troisième personne. Mais on pardonne aisément ces petits défauts, tant la poésie qui se dégage de son écriture est encore une fois irrésistible.
Le thème aussi m'a plu, musardant autour de l'idée d'appartenance, d'être de quelque part. C'est un peu le le livre que Coelho ou Sepulveda rêveraient d'écrire (ou qu'on rêverait qu'ils écrivent), mélange de conte philosophique, de satire sociale ou écologique, de récit de voyage, mais servi par des personnages loin d'être caricaturaux et par une écriture superbe.

22 avril 2009

Et Dieu créa le Zaphreux à son image

J'ai bien vu que même Cap et Fast, ça les touchait, cette découverte que les grands livres ne parlent que des Zhumains et pas du tout des Zaphreux. Pourtant, ils n'ont jamais été de grands lecteurs, Cap et Fast, mais en quelque sorte, ça les réconfortait de savoir que tous ces livres sur les Zaphreux existaient.

Cap s'est alors mis à éplucher tous les livres de la bibliotheuque, à la recherche d'une explication, d'une piste, d'un indice, de quelque chose, quoi !
Quand on lui demandait "Dis, Cap, tu cherches quoi ?", il répondait "Je cherche une explication, une piste, un indice, quelque chose, quoi !".
Je pensais qu'il avait besoin de passer au garage pour une bonne petite révision.

Alors, Cap est tombé sur un livre qui lui a complètement retourné les palmes.
C'était un livre sur la religion qui disait en gros ceci: "Dieu a créé le Zhumain à son image".

Pour Cap, c'était complètement inacceptable.
D'abord, ça voulait dire que Dieu (à moins qu'il ne soit vraiment pas doué pour le bricolage, mais s'agissant de Dieu, c'était quand-même peu vraisemblable) ressemblait aux Zhumains, et inversement. Et c'était pas possible que Dieu soit aussi laid ; ça heurtait le sens esthétique de Cap (qu'il avait apparemment fort développé).

Le livre disait aussi un truc du genre "Heureux les simples d'esprit, car le royaume des cieux leur appartient."
Ça le faisait déféquer tout vert, Cap, parce que "le royaume des cieux", il interprétait ça comme "le Caillou", et "le simple d'esprit", d'après lui, c'était forcément Fast. Ça voulait donc dire que c'était normalement Fast qui aurait du organiser et règlementer ce qu'il y a à organiser et à règlementer sur le Caillou à la place de Cap, et c'était pas logique, parce que si on se met à confier les tâches importantes aux simples d'esprit, où allons nous?

"- Ça ne change pas grand chose, où on va, vu que nous sommes quand-même dans le Néant", aurais-je été tenté de lui répondre ; mais de toute manière, il n'écoutait rien.
Il réfléchissait. Et quand Cap réfléchit, son cerveau gonfle et comprime ses conduits auditifs, alors, il n'entend plus rien. (Il dit aussi que si Fast a une aussi bonne ouïe, c'est parce qu'il ne réfléchit jamais).
Cap a réfléchi longtemps : pendant tout un mezan. Puis, il a réfléchi encore pendant un mezan, puis encore pendant un autre. Puis, il a arrêté de réfléchir parce qu'il avait mal aux oreilles. Mais il avait compris quelque chose.

Il nous a dit : "J'ai compris quelque chose : tous les livres racontent des conneries".

Alors il a décidé d'écrire son propre livre, comme qui dirait pour faire contre-poids.

Sur la couverture, il a écrit : "Le livre de Cap".
Sur la deuxième page, il a écrit : "écrit par Cap".
Sur la troisième page, il a écrit : "Première grande vérité : Tous les livres racontent des conneries".
Sur la quatrième page (après un instant de réflexion), il a écrit : "... sauf le livre de Cap".
Sur la cinquième page, il a écrit : "Deuxième grande vérité : Dieu a créé le Zaphreux à son image".

Puis, il a trouvé qu'il en avait assez fait pour aujourd'hui et qu'il était temps de se reposer.
Je trouvais qu'il n'avait pas tort.

18 avril 2009

Professor Bad Trip (Fausto Romitelli)

Aujourd'hui, j'aimerais parler d'un des artistes actuels les plus intéressants qui soient, et que même c'est consternant que personne n'en parle nulle part tellement ce qu'il fait est génial.

Bon, c'est vrai qu'il est habituellement classé au rayon "musique contemporaine" (ou peut-être devrais-je dire "musique savante occidentale du XXIe siècle"), et ceci explique peut-être cela, mais pour moi, ce n'est qu'une autre illustration parfaite de l'effet pernicieux des étiquettes.
Sachez donc que ce compositeur est accessible et sa musique est susceptible d'être appréciée aussi bien par le musicologue le plus pointu que par le bon vieux rockeur des familles.

Et ce n'est pas par hasard que j'évoque le rock. En effet, ça m'est arrivé plusieurs fois au détour de blogs musicaux de lire que tel artiste rock avait été influencé par certains compositeurs de musique contemporaine, qu'il s'agisse de Stockhausen, Ligeti, ou même Debussy. Peut-être, mais moi, bien que j'écoute toutes sortes de musiques, je dois avouer que je n'ai jamais été capable de déceler la moindre trace d'influence dans un morceau rock (si on excepte le fait que certains groupes rock utilisent des synthétiseurs, instruments issus de la recherche musicale, mais je doute qu'il s'agisse de l'influence évoquée dans les blogs).

Par contre, le contraire est bien plus plausible. Le rock fait partie du monde qui nous entoure (contrairement à la musique contemporaine), et en ce sens, il est normal qu'il influence les compositeurs, comme n'importe quel fait marquant de notre société.
Fausto Romitelli, lui, revendique pleinement cette influence et l'exploite consciemment dans ses compositions.

"Depuis que je suis né, je baigne dans les images digitalisées, les sons synthétiques, les artefacts. L'artificiel, le distordu, le filtré - voilà ce qu'est la Nature des hommes d'aujourd'hui."

Définir le rock est difficile, puisque c'est pour une part une question d'attitude, et d'interaction (souvent sous forme de révolte) avec la société actuelle. Cette révolte se manifeste non seulement dans les paroles des chansons, mais aussi dans le choix d'instruments, de timbres et de sons en friction et en distorsion. La guitare électrique, au son amplifié, mais aussi manipulé pour lui donner "l'abrasiveté" nécessaire, n'est pas pour rien l'instrument symbolique du rock.

Justement, Romitelli est un des très rares compositeurs contemporains à utiliser la guitare électrique dans ses morceaux.
Après tout, cela peut être très naturel pour un enfant élevé au rock, mais c'est aussi la base de son style, de travailler sur la saturation et la distorsion.
Bien sûr, on est pas dans la simplification nécessaire pour rendre une chanson efficace, ni dans le rythme primaire de batterie nécessaire pour rendre un hymne rock combattif, mais je trouve dans cette musique des résonances frappantes avec l'univers du rock psychédélique (que j'aime beaucoup).

Le morceau "Professor Bad Trip" est inspiré de l'oeuvre d'Henri Michaux sur les effets de la mescaline, "La connaissance par les gouffres" ; on est donc en plein dans le thème du trip psychédélique.
Les autres morceaux du disques sont également très bons, et très amusants, très second degré, notamment, "Trash TV dance" donne l'impression d'assister à l'attaque d'une guitare électrique (elle souffre, la pauvre) par des virus, infestant l'instrument et produisant des mutations du son généré.

Le disque est disponible chez Cypres records. L'excellent Ensemble Ictus est dirigé par Georges Octors, et Tom Pauwels est à la guitare électrique.

15 avril 2009

La consolation littéraire

Il n'y a pas longtemps, j'ai reçu un terrible choc.
Vous voyez, je lis beaucoup de romans de la bibliotheuque. Dans les romans, les personnages (à quelques rares exceptions près) sont souvent lâches, naïfs, menteurs, malhonnêtes, méchants, hypocrites, ingrats, paresseux, rancuniers, avares, faibles, égoïstes, bref, des Zaphreux de base, comme vous et moi, tout ce qu'il y a de plus normaux. Sauf que non. J'ai toujours cru que les héros de romans étaient des Zaphreux, et bien en fait, il semble que ce soient des Zhumains.

Bon, les Zhumains ont à peu près les mêmes qualités morales que les Zaphreux, ce qui explique ma confusion, mais la grande différence se situe au niveau morphologique. Eh oui, les zhumains sont vraiment très très laids.
J'ai beau chercher dans les livres de la bibliotheuque, je n'arrive pas à trouver un animal plus laid que le zhumain.
C'est même à se demander comment on a pu consacrer une telle quantité de littérature (parfois excellente d'ailleurs) à des êtres aussi laids. Alors que sur les canards, par exemple, au niveau littéraire, c'est le néant. Il y a bien un ou deux livres pour enfants assez amusants, mais enfin, pas de vraie littérature dont les canards seraient les héros.

Je trouve que la littérature aurait besoin de passer au garage pour une bonne petite révision (expression dont j'ignore le sens exact, mais dont j'aime la sonorité).

Ça fout quand-même un sacré coup au moral. Ça donne une terrible impression de vide, quoi. Avant, on se sentait bien un peu seuls à quatre sur le Caillou, mais quand on pensait à tous ces auteurs qui ont écrit des choses si merveilleuses sur nous, ça nous faisait chaud au cœur. Et là, pfffuittt, tout ça s'est évaporé d'un seul coup. C'est comme si on était des créatures de seconde zone, sans importance, et pas assez intéressantes pour mériter le moindre roman.

Et maintenant, vous voyez, on en est réduits à se poser des questions idiotes, dans le genre : d'où on vient, ce qu'on fait là, où on va... Dire que les Zhumains dans les livres se posent les mêmes questions ! Alors que ces mêmes livres contiennent tellement de réponses ! (Faut croire qu'en plus d'être laids, ils sont bêtes).
Mais nous, pauvres Zaphreux, nous n'avons même plus la consolation littéraire.


Cette zhumaine s'appelle Adjani, pouah, qu'elle est laide !
(même si elle fait bien le canard, il faut lui reconnaître ça)

Cette zaphreuse s'appelle Book, qu'elle est belle !

11 avril 2009

Meddle (Pink Floyd)

J'ai déjà eu l'occasion de raconter l'affection toute particulière que je porte à l'album "Wish you were here".
Curieusement, j'ai toujours établi un lien (qui n'existe que dans mon esprit) entre Pink Floyd et Beethoven. Pour moi, d'ailleurs, les quatre notes qui forment l'ossature du morceau "Shine on, you crazy diamond" évoquent irrésistiblement les quatre autres notes célèbres qui débutent la cinquième symphonie. Le quatre est probablement un nombre magique en musique. Mais plus probablement encore, c'est sans doute le fait que j'ai découvert PF et LVB à la même époque qui est à la source de ce lien émotionnel.

Ceci dit, mes goûts ont un peu évolué depuis l'époque. Même si je trouve toujours les symphonies de LVB aussi géniales, ce ne sont plus elles qui me font le plus vibrer chez ce compositeur (j'en reparlerai une autre fois).
Quant à l'album des Pink Floyd, je l'ai ré-écouté récemment (je ne l'avais pas entendu depuis longtemps -depuis que j'ai viré ma platine à vinyles en fait), et bon, je dois avouer que celui qui fut vraiment mon disque fétiche quand j'étais ado m'a un peu déçu.
Oh, bien sûr, il contient les deux chef d'œuvres absolus que sont "Shine on, you crazy diamond" et la plage éponyme. Le premier, notamment, est un modèle de construction : le morceau est basé sur un motif très simple, mais le groupe prend le temps de l'exposer et de le développer, et tout s'enchaîne avec naturel et évidence. Cependant, le reste du disque m'a paru presque ennuyeux ; j'en connais toujours les notes par coeur, mais elles ne me font plus vibrer, ce qui finalement n'est pas une mauvaise définition de l'ennui.

C'est un disque un peu entre-deux, "Wish you were here" ; entre la folie psychédélique des débuts et les "concept albums" qui suivront. Je sais bien que le terme "concept album" fait sourire aujourd'hui, mais je ne vois pas vraiment pourquoi ; après tout, quel mal y a-t'il à concevoir un disque cohérent autour d'un thème central ?
Mais j'aime aussi beaucoup les assemblages hétéroclites. C'est pour ça que j'ai choisi de titrer cet article sur l'album "Meddle", car on ne fait pas mieux comme disque foutraque. C'est à lui seul un concentré de toute la carrière du groupe et un aperçu de ses multiples talents. On oublie en effet souvent que les Pink Floyd savent tout faire (et n'importe quoi) ; love song (A pillow of winds), ritournelle jazzy (San Tropez), rock plus musclé (One of these days), n'importe quoi (Fearless), blues à l'humour déjanté (Seamus). Pour moi, ce dernier point est important, car l'humour et le second degré sont malheureusement les aspects de leur musique qu'ils ont abandonnés progressivement au cours de leur carrière. Mais c'est aussi, je crois, ce qui fait que j'écouterai toujours leurs premiers albums avec plaisir, alors que je ne suis pas sûr de pouvoir en dire autant des dernières oeuvres plus ambitieuses.

La pièce de résistance de "Meddle" est bien sûr ce fantastique morceau de plus d'un quart d'heure intitulé "Echoes". C'est encore un morceau à la construction intéressante (moins que "Shine on" toutefois), avec un thème limpide, cette fois exposé très rapidement, et un développement du thème qui va assez loin.
Je sais que la longueur des morceau est aussi un reproche courant qu'on fait au rock dit "progressif". Pour quelqu'un qui écoute aussi du jazz ou du classique, toutefois, un morceau d'un quart d'heure ou même d'une demi-heure n'est pas du tout un problème. Pourquoi le rock devrait-il rester confiné au carcan des trois minutes imposées par les anciens supports d'enregistrement?
Non, ici, on est toujours dans le domaine du psychédélique, c'est à dire du voyage. Ma théorie est que si tu veux t'offrir un trip sur un morceau, il faut au moins que le morceau te laisse le temps de décoller ! Faut dire que sur "Echoes", tu décolles sans même avoir besoin de fumer quoi que ce soit (les musiciens ont fumé assez pour tout le monde).

Alors que l'étiquette "psychédélique" ne me gène absolument pas, le qualificatif "progressif" sous-entend l'idée absolument ridicule de faire "progresser" le rock. Comme si le rock pouvait ou devait "progresser", et comme si c'était une motivation valable pour faire de la musique ou un critère de qualité pour un morceau ! Des groupes qui auraient de tels objectifs s'exposeraient inévitablement au ridicule. Je ne crois pas que ce soit le cas des Pink Floyd. Il y a une différence notable avec le fait d'avoir une vision artistique et de la faire évoluer de manière cohérente, ce que les Pink Floyd ont fait, qu'on aime ou non la voie qu'ils ont empruntée.

Ce qui m'amène par association d'idées à poser une question qui me chipote depuis longtemps ; et si un des gourous du rock qui aboutissent parfois sur ces pages pouvait me fournir un début de réponse, ce serait vraiment appréciable.
On entend souvent dire d'un morceau ou d'un disque rock qu'il est "expérimental" (et pour sûr, on l'a dit souvent des Pink Floyd). Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Pour moi, le mot "expérimental" peut à la limite s'appliquer à une partie de la musique classique ("savante") de la fin XIXe, première moitié du XXe siècle, avec des compositions qui étaient vraiment des expériences sur la tonalité, la notation musicale, l'improvisation, les boucles, les sons électroniques ou enregistrés, c'est à dire des choses qui étaient réellement nouvelles quand elles ont été tentées pour la première fois. Mais pour un groupe de rock ? Je suppose que le sens du mot doit se comprendre au niveau individuel ? J'imagine, par exemple, que le jour ou Dylan a décidé de brancher un peu d'électricité sur sa guitare, ça constituait pour lui une "expérience" intéressante ?

Enfin, l'important, c'est que, quand je passe "Echoes" dans la Zaphmobile, j'ai toujours l'impression qu'elle va décoller.
Après ça, il ne me reste plus qu'à brancher le pilote automatique avec "Set the controls for the heart of the sun" !


Echoes

8 avril 2009

Les méfaits de la copulation

Au début, je pense que Cap a confié la bibliotheuque à Book parce que ce gros objet encombrant lui semblait aussi inutile qu'inoffensif (je parle de la bibliotheuque).
Je crois que Cap ne fait pas confiance aux filles ; il pense qu'elles ne sont pas capables de s'occuper d'une tâche sérieuse.
Je crois aussi que Cap ne me fait pas confiance ; il pense que je ne suis pas capable de m'occuper d'une tâche sérieuse. C'est pour cela qu'il m'a confié la responsabilité de l'ordinatoire, qu'il juge aussi inutile qu'inoffensif.
Je crois que Cap ne fait pas confiance à Fast non plus. C'est pour cela qu'il lui a confié la responsabilité des épreuves sportives. De toute manière, Fast n'a aucune envie de s'occuper d'une tâche sérieuse.

Si je me suis mis à fréquenter assidument la bibliotheuque, c'est surtout à cause de Book.
J'aime bien être près d'elle, et je crois qu'elle apprécie que je m'intéresse à ce qu'elle fait.
Du coup, je me suis mis à lire les livres de la bibliotheuque pour pouvoir en discuter avec elle. Ça nous rapproche (bien que le Caillou soit tellement petit que nous ne soyons jamais très éloignés l'un de l'autre).

Dans les livres, on trouve des choses très intéressantes. Je pense même en avoir trouvé qui parlent du sentiment complexe qui m'attire vers Book, et qui fait partie d'un concept assez nébuleux recouvrant un ensemble de pratiques variées appelé "sexe".
Chaque espèce vivante, et même, chaque individu a ses préférences en la matière, mais toutes semblent avoir le point commun de converger vers le comportement appelé "copulation".

J'ai consulté un livre de zoologie. L'être vivant que j'y ai trouvé auquel nous ressemblons le plus est le canard (à ne pas confondre avec le connard, qui est beaucoup plus commun).
D'après le livre, les couples de canards restent unis pour la vie. C'est à dire que quand un canard a copulé avec une cane, il copulera toujours avec la même cane et aucune autre, et inversement. Le canard est à peu près le seul être vivant qui pratique la fidélité, et on pourrait dès lors penser que c'est le plus idiot de tous, et inversement.
Pourtant, allez comprendre, l'idée de copuler à perpétuité avec Book ne me révolte pas.
Par contre, l'idée de copuler ne fut-ce qu'une fois avec Fast ou Cap ne me séduit pas du tout.

Attention, toutefois, on ne copule pas impunément.
Il semble que la copulation, par un procédé que j'ignore, ait la faculté d'augmenter le nombre d'individus.

Imaginez un peu la tête du Caillou après quelques mezans de copulation intensive ! Déjà que nous n'avons pas trop de place aujourd'hui...


Alors, franchement, je proposerais bien une petite copulation à Book, mais j'hésite. Je ne voudrais pas être responsable d'un désastre.
Pourtant, quand je vois certains regards appuyés que Cap ou Fast lancent à Book en croyant que je ne les vois pas, ça me fait tout bizarre, et je me dis qu'ils n'auront probablement pas autant de scrupules que moi, et inversement.

4 avril 2009

Dans la brume électrique avec les morts confédérés (James Lee Burke)

Un roman policier normalement s'articule autour de trois questions : qui a tué, comment, et pourquoi.
Voilà ce que l'enquêteur se doit de découvrir en faisant usage de son flair et de son ingéniosité (et éventuellement de son flingue). Voilà aussi ce qui est sensé tenir le lecteur en haleine de bout en bout.

Or dans ce roman au titre psychédélique, ces trois questions de base sont traitées avec beaucoup de désinvolture. Est-ce à dire que ce roman est raté ? Non ! C'est même tout le contraire, mais l'intérêt est simplement ailleurs que dans l'enquête ; une enquête assez banale au demeurant.
L'intérêt est d'abord dans un personnage central très fort, voire même un tantinet écrasant : un Dave Robicheaux aux prises avec les spectres du passé (expression à prendre aussi bien littéralement que littérairement), et avec ses conflits internes : le respect de la loi n'est pas toujours compatible avec sa propre idée de la justice, qui elle-même défie son sens de l'honneur un peu désuet.
Sans pour autant nous révéler beaucoup sur la vie de Dave, Burke en fait un personnage complexe et attachant.

Mais c'est surtout l'ambiance particulièrement envoûtante du roman qui m'a captivé. On est vraiment plongé dans l'environnement suffocant et malsain du Bayou, là ou réalité et cauchemar peuvent se rencontrer. On touche même aux limites du fantastique par moments. C'est que rien ne s'efface, et les sombres actions passées laissent des traces indélébiles, et continuent à venir nous hanter bien longtemps après qu'elles ont été commises.

1 avril 2009

Les vertus du sport


Voici comment est née l'idée de compétition sportive sur le Caillou.

Un jour, nous discutions de l'importance de définir la valeur du mezan. Eh oui, nous avons parfois des discussions très profondes sur le Caillou.

Vous vous souvenez certainement que le mezan est l'unité de temps du Caillou. Mais comme rien ne tourne autour du Caillou et comme le Caillou ne tourne autour de rien, nous manquons en quelque sorte d'un cycle stable pour servir d'étalon temporel.
Le problème est donc que le mezan est extrêmement variable, si bien que par exemple quand je donne rendez-vous à Book derrière la bibliotheuque dans deux mezans, il est fort probable que je sois reparti désabusé bien avant qu'elle n'arrive. De même, quand Cap annonce une réunion générale pour discuter d'un point d'organisation, il est fort probable que la réunion n'ait jamais lieu faute de participants (bon, ce dernier point serait plutôt un avantage pour moi, vu le sentiment d'ennui abyssal qui préside à toute réunion d'organisation, mais disons qu'il a valeur d'exemple).

Donc, nous discutions sans grand entrain de cette question, qui -il faut bien l'avouer, ne mérite pas qu'on lui tricote un pull pour l'hiver.
C'est alors que Fast a eu une idée, fait est assez exceptionnel pour être souligné.
Fast a dit ceci : "Je vais courir autour du Caillou, et le temps que je mettrai servira de base à la définition du mezan. On n'a qu'à dire, mettons, qu'un mezan vaudra par exemple, 16 cycles de Fast".
Nous avons regardé Fast un long moment en silence, tout en réfléchissant à ce qu'il venait de dire.
Puis, nous avons regardé Fast un long moment en silence, sans penser à rien.
Puis, nous commencions à détourner nos regards de Fast, en faisant comme si rien ne s'était passé quand Cap a dit : "on peut toujours essayer". Ce Cap a décidément une désastreuse propension à la décision et à l'action.

Fast s'est donc exécuté illico : il a effectué un tour du Caillou à toute vitesse, puis a déclaré fièrement en reprenant son souffle "pfff voilà, pfff vous avez pffff votre pffff mezan pfff".
Comme Fast soufflait beaucoup d'air, Cap l'a aussitôt nommé en grande pompe "gardien du mezan", avec l'approbation de tous.

Après ça, chaque fois qu'on avait besoin de mesurer le temps, on demandait à Fast de courir.
- Dis, Book, tu viens te promener avec moi ?
- Avec plaisir, mais je dois d'abord terminer de ranger la bibliotheuque.
- Ah, et tu en as encore pour longtemps ?
- Oh, non, pas plus d'un quart de mezan !
- Fast, tu peux nous faire quatre tours, s'il te plaît ?

Au début, Fast aimait bien courir. Il a toujours été sportif dans l'âme. Mais bien vite, il s'est mis à soupçonner qu'on abusait peut-être de ses mollets.
Alors, il s'est fâché : "vous n'avez qu'à les mesurer vous-mêmes, vos mezans !" Ce que nous avons fait, mais du coup, c'était beaucoup moins amusant.
En plus, ça a créé un nouveau problème, parce qu'il nous a bien vite semblé que nous ne courrions pas tous à la même vitesse. Du coup, c'était bien difficile de déterminer l'heure juste, et de nouveau, on se mettait à manquer des rendez-vous.

Pour en avoir le coeur net, Cap a décidé d'une course. Il nous a tous placés sur une ligne de départ imaginaire et nous avons fait le tour du Caillou en courant. Et effectivement, nous ne sommes pas arrivés en même temps. C'est Fast qui a gagné, forcément, il avait bien plus d'entraînement que nous.
J'ai bien tenté d'établir des tables de conversion entre les différents mezans individuels, que je remettais à jour régulièrement après une course organisée spécialement pour la circonstance, mais ce système était vraiment trop compliqué.

Depuis, on a un peu laissé tomber le mezan. Mais par contre, on fait toujours des courses.